Diminuer l’utilisation de soins comme le shampoing et le savon réduit fortement la présence de polluants corporels

Image d'illustration. Un homme prenant une doucheADN
Limiter l’utilisation quotidienne de produits de soin tels que les shampoings et savons contribue significativement à diminuer la présence de substances polluantes dans l’organisme, selon des études récentes qui alertent sur les résidus laissés par ces cosmétiques courants.
Tl;dr
- Réduire les cosmétiques diminue rapidement certains polluants chimiques.
- Baisse notable du bisphénol A et des phtalates observée.
- Vers une réglementation européenne plus stricte sur les cosmétiques.
Une exposition réduite aux polluants grâce à moins de cosmétiques
Lorsque l’on diminue l’usage de cosmétiques, la présence de substances telles que le bisphénol A dans notre organisme recule rapidement. Cette conclusion, tirée d’une étude récente publiée par des chercheurs de l’Inserm, de l’Université Grenoble-Alpes et du CNRS dans la revue Environment International, fait écho à des préoccupations grandissantes autour des perturbateurs endocriniens. Les scientifiques ont proposé à une centaine d’étudiantes grenobloises, âgées de 18 à 30 ans, de limiter strictement leur usage de produits d’hygiène et de beauté pendant cinq jours, tout en utilisant uniquement des alternatives exemptes de phénols synthétiques, parabènes, phtalates ou éthers de glycol.
Des résultats rapides et significatifs
Les analyses urinaires menées avant et après cette expérience révèlent un constat sans appel : l’exposition au phtalate de monoéthyle a chuté en moyenne de 22 %, tandis que la concentration en bisphénol A (BPA) s’est effondrée de 39 %. Ce dernier composé, classé comme perturbateur endocrinien par l’Anses, reste soupçonné d’être impliqué dans diverses pathologies, allant du cancer du sein à l’infertilité. Si le BPA n’est plus autorisé dans les cosmétiques français depuis 2005, sa persistance est vraisemblablement liée à des contaminations lors du conditionnement ou via certains emballages.
L’indispensable levier réglementaire face aux enjeux sanitaires
Bien sûr, agir individuellement sur ses habitudes peut réduire sensiblement l’exposition à ces substances nocives — ce que confirme l’étude. Mais la chercheuse principale tempère cet optimisme : « On ne peut pas s’appuyer seulement sur le changement de comportement individuel pour modifier ces expositions. Cela sous-entend que la réglementation doit être forte vis-à-vis des substances chimiques dans les produits de soins et cosmétiques. » Autrement dit, si ces gestes personnels comptent, seule une politique plus stricte en matière de formulation et d’emballage garantirait une réelle protection sanitaire.
À ce sujet, plusieurs mesures sont envisagées :
- Un encadrement renforcé des substances comme les éthers de glycol ;
- Un contrôle accru tout au long du processus industriel ;
- Le retrait progressif des composants jugés dangereux.
L’Europe au pied du mur ?
Cette publication intervient alors même que le Parlement européen s’apprête à examiner un projet modifiant la réglementation sur les cosmétiques. Ce texte controversé, contesté par l’association Que Choisir Ensemble notamment, accorderait un délai supplémentaire aux industriels pour retirer du marché certains produits contenant des substances classées cancérogènes ou reprotoxiques. La décision attendue fin avril pourrait ainsi infléchir durablement la politique européenne en matière de sécurité sanitaire.