Diesel : les raisons derrière sa hausse de prix plus rapide que celle du sans-plomb

Image d'illustration. Hausse des prix du carburantADN
Alors que les automobilistes constatent une hausse des prix à la pompe, le gazole se distingue par une augmentation plus marquée que celle du sans-plomb. Plusieurs facteurs expliquent cet écart, affectant directement le budget des usagers du diesel.
Tl;dr
- Le gazole dépasse l’essence à la pompe.
- Capacités de raffinage françaises insuffisantes, importations nécessaires.
- Marchés et taxes accentuent l’écart entre les carburants.
Flambée du gazole : pourquoi la France paie plus cher qu’avant
Depuis quelques jours, impossible d’ignorer la nouvelle donne aux stations-service : le gazole s’affiche désormais à un prix égal ou supérieur à celui du sans-plomb. Ce vendredi matin, les deux carburants tournaient autour de 1,90 euro le litre en moyenne, soit près de dix centimes de plus qu’il y a une semaine – avant que la guerre ne vienne embraser le Moyen-Orient. Cette inversion historique surprend encore certains automobilistes, mais elle s’explique par un ensemble de facteurs bien précis.
Entre taxes et politique nationale : une fiscalité qui pèse
En France, impossible d’évoquer le prix des carburants sans évoquer la part des taxes. Elles représentent environ 60 % du tarif payé à la pompe. Parmi elles, l’« accise sur les carburants » – autrefois appelée TICPE (« taxe intérieure de consommation des produits énergétiques ») – se distingue. Son montant : 60 centimes par litre pour le gazole, contre 69 centimes pour le SP95. À cela s’ajoute une TVA de 20 %, appliquée d’abord sur la taxe puis sur le montant total. Depuis près d’une décennie, l’État poursuit sa stratégie d’harmonisation entre les deux carburants : fini l’avantage historique accordé au gazole pour soutenir l’industrie et le parc automobile diesel.
Un raffinage français sous pression
Pour autant, cette fiscalité n’explique pas seule la hausse accélérée du gazole. La réalité industrielle pèse tout autant : avec des capacités de raffinage évaluées à seulement 58 millions de tonnes pour une demande intérieure de 65 millions selon l’Insee, la France doit importer une partie non négligeable de ses hydrocarbures. C’est là que se creuse l’écart : ce vendredi matin, le gazole coté à Rotterdam (la référence européenne) dépassait les 1 053 dollars la tonne contre 815 pour le SP95 – un différentiel encore amplifié ensuite par la TVA.
Loi du marché et « crack spread » : quand la demande mondiale dicte ses lois
La mécanique est implacable. Le gazole équipe non seulement certaines voitures particulières, mais surtout la grande majorité des camions et cargos essentiels au transport des marchandises ; c’est dire si sa demande mondiale dépasse celle de l’essence classique. Dès lors qu’une crise survient – comme aujourd’hui avec la guerre en Iran –, ce sont ces carburants stratégiques qui voient leurs prix bondir instantanément sous l’effet de tensions sur l’offre. On parle alors dans le jargon financier du secteur du « crack spread », soit l’écart entre le coût du pétrole brut et celui du produit raffiné.
Dans ce contexte très volatil, plusieurs facteurs alimentent donc simultanément cette hausse express :
- Pénurie relative due au manque de capacité locale.
- Dépendance accrue vis-à-vis des marchés internationaux.
- Sensibilité exacerbée aux chocs géopolitiques.
Face à ces secousses, les automobilistes français n’ont guère d’autre choix que de suivre les fluctuations imposées par un marché mondial devenu imprévisible.