De la vigne au Parlement européen : portrait d’Antonio José Seguro, nouveau chef du gouvernement portugais
Antonio José Seguro, élu à la tête du Portugal, conjugue une expérience politique en tant qu’ex-eurodéputé et un ancrage local comme producteur de vin. Il incarne la nouvelle figure du Parti socialiste au pouvoir à Lisbonne.
Tl;dr
- António José Seguro élu président du Portugal, 66,8 %.
- Retour après une décennie loin de la politique active.
- Candidat socialiste, soutenu par la gauche modérée.
Une victoire sans appel pour António José Seguro
C’est donc une page qui se tourne au Portugal. Le scrutin présidentiel, où tout semblait joué d’avance, a consacré la large victoire de António José Seguro, qui recueille près de 67 % des suffrages sur presque l’ensemble des circonscriptions dépouillées. Face à lui, le candidat d’extrême droite, André Ventura, n’aura pas pesé lourd dans ce face-à-face finalement très marqué à gauche.
Ce succès signe aussi un changement d’ère après la présidence de Marcelo Rebelo de Sousa, figure du centre droit, en place depuis 2016. Mais s’il est vrai que le rôle du président au Portugal reste en grande partie symbolique, il n’en dispose pas moins de pouvoirs notables : arbitrer les crises institutionnelles ou dissoudre le Parlement en cas d’instabilité majeure.
Un retour discret après des années dans l’ombre
Ceux qui suivent la vie politique portugaise se souviennent peut-être qu’António José Seguro, aujourd’hui âgé de 63 ans, avait connu une longue mise à l’écart. Un retrait amorcé dès 2014 lorsqu’il fut remplacé à la tête du Parti socialiste par son rival devenu Premier ministre puis président du Conseil européen, António Costa. Accusé alors d’être trop « conciliant » envers l’austérité imposée par les bailleurs internationaux, Seguro avait laissé passer plusieurs trains.
Durant les années où le Parti socialiste gouvernait sans lui – entre autres sous la houlette de Costa –, il s’était effacé peu à peu. À tel point que ses soutiens actuels chez les socialistes paraissent parfois bien timides. Sa campagne a pourtant profité d’un effet rassembleur à gauche, celle-ci craignant un second tour sans candidat issu de ses rangs.
Un parcours marqué par l’engagement et quelques parenthèses
Rien ne prédestinait forcément ce natif de Penamacor aux montagnes portugaises à une telle ascension. Chef des Jeunesses socialistes dans les années 1990, proche du fondateur du parti Mario Soares, il devient député puis secrétaire d’État aux Sports sous le gouvernement Antonio Guterres. Le voici ensuite élu au Parlement européen en 1999 ; mais déjà, la roue tourne vite.
À plusieurs reprises contraint à la mise en retrait – notamment lors des crises autour du gouvernement Socrates –, il reprend les rênes du PS juste avant l’arrivée massive des mesures d’austérité imposées par les créanciers internationaux. Plutôt que de s’opposer frontalement aux réformes budgétaires drastiques exigées pour le plan de sauvetage financier portugais, Seguro adopte alors une ligne modérée.
L’homme derrière le costume présidentiel
Détail plus inattendu : cet homme politique aguerri cultive une passion pour la terre et produit encore son propre vin ainsi que son huile d’olive dans son village natal – une activité dont il annonce devoir se séparer pour endosser pleinement son nouveau rôle national.
Ainsi va cette trajectoire singulière : entre traversée du désert et retour en grâce, l’arrivée au sommet d’António José Seguro symbolise sans doute aussi les hésitations et recompositions récentes de la gauche portugaise.