Ce champignon de nos jardins peut se transformer en redoutable prédateur carnivore
Ce champignon de nos jardins peut se transformer en redoutable prédateur carnivore. Lorsque le nitrogène manque, il s'active, chasse de petits vers et les absorbent pour survivre.
La Nature, on le sait, est tout à fait fascinante. Le monde du vivant a cette capacité extraordinaire de s’adapter, constamment, pour ne pas mourir. C’est aussi vrai pour les champignons. Tout du moins pour un champignon commun dans nos jardins, Arthrobotrys oligospora. Face à une carence en nitrogène, il passe en mode chasseur pour capturer et digérer des nématodes. Une découverte révolutionnaire que l’on doit à une équipe internationale de chercheurs dirigée par le biologiste moléculaire Hung-Che Lin de l’Academia Sinica à Taipei.
Ce champignon de nos jardins peut se transformer en redoutable prédateur carnivore
D’ordinaire, Arthrobotrys oligospora va décomposer et absorber les nutriments de la matière organique déjà morte, c’est pour cela qu’il est si important dans nos écosystèmes. Mais face à un manque de nitrogène, essentiel à sa croissance, il passe en mode chasseur. Pour ce faire, il va alors déployer des structures spécialisées, de vrais pièges, pour capturer des nématodes, de petits vers qui abondent dans nos sols. Si les scientifiques connaissaient les capacités de chasse de Arthrobotrys oligospora, elles étaient encore très floues. Leur mécanisme est aujourd’hui bien compris.
Lorsque le champignon détecte des vers à proximité, il déclenche un processus biologique très sophistiqué. Il va augmenter grandement la production de son ADN et de ses ribosomes – qui synthétisent les protéines -. Cela lui permet de construire rapidement les structures nécessaires à la capture de sa proie. Les principales actrices de ce mécanisme sont les protéines enrichies en piège (TEP), à la surface des structures piégeuses. Elles permettent une adhésion forte et immédiate avec le nématode piégé. Les chercheurs ont pu mettre en évidence l’importance de ces protéines en les inhibant ou les supprimant totalement. Dans ce cas de figure, le champignon ne parvient plus, ou très difficilement, à capture les nématodes.
Lorsque le nitrogène manque, il s’active, chasse de petits vers et les absorbent pour survivre
Mais maintenant que dernier est attrapé, comment le champignon peut-il dévorer le ver ? Arthrobotrys oligospora déclenche un processus complexe de digestion. Avec ses structures filamenteuses, les hyphes, il va envahir et décomposer sa proie en acides aminés qu’il peut absorber et utiliser. Cette décomposition serait impossible sans ses enzymes protéases, agissant comme de vrais ciseaux moléculaires. Là encore, lorsque l’activité des protéases est inhibée, Arthrobotrys oligospora ne parvient presque plus à digérer le nématode.
Qui aurait cru qu’un champignon, pourtant si simple en apparence, dispose d’un tel arsenal biologique pour assurer sa survie ? Et cela ouvre aussi de nouvelles perspectives quant aux interactions entre les champignons et les autres organismes de leur écosystème. Mais avant que l’on ne fasse de nouvelles découvertes aussi fantastiques, c’est un exemple supplémentaire que la préservation de la biodiversité du sol est tout à fait essentielle.