Pourquoi l’île d’Okinoshima entre à l’Unesco sans rien changer

Classée par l’Unesco, l’île japonaise d’Okinoshima garde ses règles intactes. Son accès reste limité à quelques hommes, une fois par an.

Agent change un panneau à Okinoshima
Image d'illustration. Okinoshima interroge son lien à l’Unesco. — ADN

En bref

  • Okinoshima est inscrite au patrimoine mondial
  • L’île reste interdite aux femmes
  • Le règlement ne changera pas

Le contraste est net. Okinoshima vient d’entrer au patrimoine mondial de l’Unesco, mais ce classement ne va pas ouvrir davantage cette île japonaise au public. Ni assouplir ses règles. Ni revenir sur l’interdiction faite aux femmes.

Réuni à Cracovie, en Pologne, le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco a ajouté dimanche ce site à sa liste des biens culturels jugés les plus précieux. Pour l’institution onusienne, l’île possède une valeur universelle exceptionnelle. C’est le cœur de la décision.

Un classement mondial pour un lieu presque fermé

Ce choix a pourtant fait réagir pendant les débats. La raison, vous la voyez vite, Okinoshima applique un accès très restrictif, avec une règle qui exclut les femmes.

L’île se trouve au sud-est de l’archipel nippon et relève d’un lieu sacré de la culture shintoïste. Son ouverture au monde extérieur tient presque de l’exception. Un seul jour par an, le 27 mai, et seulement pour 200 hommes.

Une île sacrée accessible à 200 hommes, un seul jour

Avant d’y entrer, ces visiteurs doivent se purifier dans la mer. Des ablutions, donc, imposées avant même de poser le pied sur l’île.

Les femmes, elles, en sont écartées depuis des siècles car elles sont considérées comme « impures » en raison de leurs menstruations. Le reste du temps, l’île n’est habitée que par un seul prêtre shintoïste. Dit autrement, même au Japon, on parle d’un lieu à part, protégé et tenu à distance.

Des règles strictes qui dépassent la seule question d’accès

L’encadrement ne s’arrête pas à l’entrée. Les rares visiteurs ne doivent apporter aucun objet personnel sur place.

Et ils ne peuvent pas non plus repartir avec quoi que ce soit en guise de souvenir. Ce détail compte, parce qu’il montre que la logique du site ne consiste pas seulement à filtrer les personnes. Elle consiste aussi à contrôler strictement ce qui entre et ce qui sort.

Le classement ne modifiera pas le règlement

Sur ce point, les responsables ont été clairs bien avant l’inscription. Le 6 mai, alors que le sanctuaire était proposé au classement, l’un de ses responsables expliquait au journal The Mainichi que l’inscription éventuelle au patrimoine mondial ne changerait pas le règlement.

Le gouvernement japonais, lui, a salué l’arrivée de ce 17e site national sur la liste de l’Unesco. Le ministre des Affaires étrangères, Fumio Kishida, a décrit l’île comme un lieu unique et précieux, ancien point d’échanges avec l’étranger, où sont conservés de nombreux objets qui en portent la trace. En gros, le classement reconnaît la valeur historique du site. Mais il ne touche pas à ses règles.

Vos questions, nos réponses

Pourquoi l’Unesco a-t-elle classé Okinoshima malgré la polémique ?

L’Unesco a retenu la valeur culturelle du site. Dans cette décision, l’organisation estime que l’île présente une valeur universelle exceptionnelle. Le classement porte donc sur son importance patrimoniale, religieuse et historique, pas sur une validation de son règlement.

Que signifie exactement « valeur universelle exceptionnelle » ?

C’est l’expression utilisée par l’Unesco pour les sites considérés comme assez importants pour concerner l’humanité entière. Ici, cela renvoie au caractère sacré d’Okinoshima et aux objets conservés sur l’île, présentés par les autorités japonaises comme des traces anciennes d’échanges avec l’étranger.

Le classement va-t-il attirer plus de visiteurs ?

Pas dans l’immédiat, puisque le règlement annoncé reste identique. L’île n’ouvre qu’une journée par an à 200 hommes, avec un protocole précis avant l’entrée. Le label de l’Unesco apporte une reconnaissance mondiale, mais pas un accès élargi.

Pourquoi parle-t-on d’un site discriminatoire ?

Parce que l’interdiction vise explicitement les femmes. Le motif avancé depuis des siècles repose sur une idée d’impureté liée aux menstruations. C’est ce point qui a été relevé pendant les discussions autour du classement.

Jérôme Nelra

Spécialiste Divertissement

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