En bref
- Des os de Stonehenge viennent aussi du Pays de Galles
- L’ADN était inutilisable à cause de la crémation
- Les morts pourraient avoir suivi les pierres bleues
A Stonehenge, les restes humains et les pierres bleues racontent peut-être la même histoire. C’est le point fort d’une étude publiée dans Nature, qui relie une partie des personnes enterrées sur le site au Pays de Galles.
Des morts venus de loin
Le résultat tient en une phrase, mais il pèse lourd. Sur 25 individus examinés, 10 ne vivaient pas près de Stonehenge durant les dix années ayant précédé leur mort.
Selon Christophe Snoeck, archéologue à la Vrije Universiteit de Bruxelles et principal auteur de l’étude, on savait déjà grâce à de précédents travaux que les pierres bleues utilisées au début de la construction provenaient du Pays de Galles. Ce qui manquait, c’était l’origine des personnes enterrées sur place. L’analyse menée ici indique que plusieurs venaient de plus loin, et pour certains de l’ouest gallois.
Pourquoi l’ADN ne pouvait rien dire
Le détail compte, parce qu’il explique toute l’enquête. Ces individus avaient été incinérés.
Du coup, l’ADN n’était pas la bonne piste. Les chercheurs ont donc utilisé une analyse isotopique sur de petits fragments d’os, y compris des os brûlés à haute température. En gros, cette méthode permet de repérer des signatures chimiques liées au lieu de vie des personnes étudiées. C’est plus discret qu’un test génétique, mais ici c’était la voie utile.
Et c’est aussi ce qui rend la découverte solide. Les os, même fragmentés et passés par le feu, ont quand même conservé assez d’information pour dessiner une origine géographique.
Le fil qui relie les os aux pierres bleues
Le rapprochement avec les pierres est difficile à ignorer. Depuis près d’un siècle, on sait que les fameuses pierres bleues de Stonehenge viennent des collines de Preseli, au Pays de Galles, à plus de 200 kilomètres du site.
Pour John Pouncett, de l’Ecole d’archéologie d’Oxford, cela suggère que les habitants des monts Preseli n’ont pas seulement fourni les pierres bleues disposées en cercle. Ils auraient pu se déplacer avec elles, puis être enterrés à Stonehenge. Ce n’est pas une petite nuance. Cela change l’image du monument, qui apparaît moins comme un simple lieu de construction que comme un espace lié à des trajectoires humaines très concrètes.
L’ensemble reste partiel, bien sûr. Mais pour un site commencé il y a environ 5.000 ans, c’est une avancée nette, et plutôt élégante dans sa démonstration.
Vos questions, nos réponses
Pourquoi parle-t-on des dix années précédant la mort ?
L’analyse isotopique permet d’approcher le lieu où une personne a vécu avant sa mort, mais pas de reconstituer toute son existence. Ici, les chercheurs se concentrent sur la période récente, ce qui suffit déjà à distinguer des individus installés près de Stonehenge de ceux venus d’ailleurs.
Les chercheurs prouvent-ils que ces personnes ont transporté les pierres ?
Non. L’étude ne montre pas un transport direct pierre par pierre. Elle établit un lien géographique entre certains défunts et la région d’origine des pierres bleues. L’idée d’un déplacement commun est donc une hypothèse appuyée par les données, pas une certitude absolue.
Pourquoi les pierres bleues sont-elles si importantes ?
Parce qu’elles appartiennent aux premières phases de construction de Stonehenge. Leur provenance galloise est déjà connue, et le fait de retrouver un signal comparable chez une partie des morts enterrés sur le site donne un sens nouveau à ce matériau.
Stonehenge a-t-il livré tous ses secrets ?
Clairement non. Cette étude règle une question précise, celle de l’origine de certains individus incinérés. Mais elle ouvre aussi d’autres pistes sur les déplacements, les liens entre régions et le rôle exact du site dans le monde néolithique.