Le nouveau plan social d’ArcelorMittal est-il plus grave que les précédents ?

Le nouveau plan social annoncé par ArcelorMittal suscite une vive inquiétude parmi les syndicats et les salariés, qui le jugent plus sévère et potentiellement plus préjudiciable que ceux mis en œuvre lors des restructurations antérieures.

Des ouvriers inspectant des composants en acier ArcelorMittal de haute qualité dans une installation de fabrication.
Image d'illustration. Inspection d acier arcelormittal — ADN

Tl;dr

  • Plan social ArcelorMittal : inquiétudes majeures et imprévisibilité.
  • Décarbonation suspendue, investissements incertains en France.
  • Crainte d’une désindustrialisation silencieuse hors d’Europe.

Un plan social sans précédent chez ArcelorMittal

Depuis l’annonce surprise, fin avril, par ArcelorMittal d’un important plan de suppression de postes en France, le climat social s’est nettement tendu. « On peut faire du métal sans Mittal. »

Ce slogan, revenu dans les cortèges ces dernières semaines, traduit une exaspération croissante face à la stratégie jugée opaque du géant de la sidérurgie. Pour Jean-Marc Vecrin, coordinateur CFDT pour le groupe et mémoire vivante de la crise de Florange en 2013, cette vague de suppressions serait même « beaucoup plus dangereuse » que tout ce qui a été vécu auparavant.

L’absence de vision inquiète les syndicats

Lors de la fermeture des hauts fourneaux en Moselle il y a dix ans, les décisions avaient suivi une certaine logique industrielle : se concentrer sur les sites « côtiers », comme Dunkerque ou Fos-sur-Mer. Cette fois-ci, la stratégie manque cruellement de clarté. D’autant que le dernier plan – qui vise 1 400 postes délocalisés dans les fonctions support européennes, dont 236 pour la France, auxquels s’ajoutent 400 suppressions supplémentaires dans la production – a été révélé brutalement, sans préavis.

Pour M. Vecrin : « on l’a appris du jour au lendemain. » La comparaison avec Florange est frappante : à l’époque, un reclassement avait été assuré et aucun licenciement n’avait été prononcé. Aujourd’hui, cette garantie n’existe plus.

La décarbonation remise en cause

Autre source d’incertitude : l’avenir industriel du site de Dunkerque. Après avoir gelé un investissement colossal de 1,8 milliard d’euros, destiné à la décarbonation de la production d’acier, la direction évoque désormais une « intention » d’investir 1,2 milliard pour installer un four électrique sur place. Mais ce projet reste conditionnel ; il dépend des mesures européennes contre la concurrence déloyale de l’acier chinois. Or, les fours électriques promettent une capacité moindre (2 millions de tonnes annuelles contre 3 millions pour un haut-fourneau), accentuant encore les craintes pour l’emploi local. Le syndicat réclame ainsi que toute aide publique soit assortie d’engagements fermes sur l’emploi.

Désindustrialisation silencieuse ou virage stratégique ?

Face à ces incertitudes, certains syndicalistes dénoncent une « dési-ndustrialisation silencieuse » orchestrée par le groupe. Alors qu’un projet d’usine dédiée aux moteurs électriques est bien en cours à Mardyck (Nord), ils pointent néanmoins un « manque criant d’investissement » sur l’ensemble du territoire français. D’après M. Vecrin, le groupe privilégie désormais ses implantations au Brésil, en Inde ou encore aux États-Unis et au Canada – là où il engage déjà des moyens conséquents pour la transition écologique. Le risque ? Que ArcelorMittal, progressivement mais sûrement, réduise son ancrage européen au profit d’autres régions du monde.

Jérôme Nelra

Spécialiste Société

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