Casino : un groupe nommé désir ?
Le groupe Casino poursuit actuellement des négociations avec divers acteurs tels que Daniel Kretinsky, le trio Pigasse-Niel-Zouari, Fimalac ou encore Intermarché, qui vient de lui racheter 119 magasins.
Un contexte qui suscite l’intérêt des plus gros poids lourds de la place, comme Auchan, qui souhaite se rapprocher du groupe de Jean-Charles Naouri. De plus, et alors que le distributeur stéphanois est entré en conciliation jusqu’à fin septembre, les différents protagonistes liés au dossier s’organisent pour étoffer leur dispositif en matière de conseil bancaire.
Le groupe Casino est au cœur de l’actualité retail. Touché par une dette de 6,23 milliards d’euros, il mène en ce moment des négociations avec différents acteurs financiers, comme Daniel Kretinsky, qui, selon Les Echos, souhaite mettre la main sur Casino grâce à un augmentation de capital d’1,1 milliard d’euros. Toujours d’après le quotidien d’information économique, l’homme d’affaires tchèque veut également effacer toutes les dettes du distributeur stéphanois.
Il n’est pas le seul à vouloir investir massivement : le trio Pigasse-Niel-Zouari, qui a créé un véhicule d’investissement dédié à l’opération, 3F, a annoncé mettre 1,1 milliard d’euros sur la table. L’objectif : proposer une alternative financière à la proposition de Daniel Kretinsky. Le mercredi 14 juin, c’était au tour de Fimalac de manifester son intérêt. Dans un communiqué, le véhicule d’investissement fondé par Marc Ladreit de Lacharrière (membre du conseil d’administration du groupe Casino jusqu’en mai 2023) annonçait « étudier une éventuelle participation pour un montant de 150 millions d’euros à la proposition de renforcement des fonds propres de EP Global Commerce a.s », le fonds de Daniel Kretinsky.
Lundi dernier, le distributeur a aussi vendu 119 magasins à Intermarché. 57 d’entre eux changeront de pavillon d’ici la fin de l’année. Les autres seront cédés à l’horizon 2026. Cette période de concertation suscite l’intérêt de bon nombre d’acteurs de la distribution, comme Auchan, qui souhaite se rapprocher du groupe Casino.
Alors que le segment des hypermarchés, dont Auchan est grandement dépendant, faiblit progressivement en France, le groupe nordiste compte s’appuyer sur un partenaire qui redressera son activité. Le parc des Franprix, Monoprix et autres magasins de proximité du groupe Casino (10 000 points de vente) représentent des atouts complémentaires qu’Auchan pourrait intégrer à son réseau.
Réunis au sein de l’Association familiale Mulliez (AFM), les actionnaires d’Auchan avaient déjà tenté de sortir leur groupe de la crise en 2022 via le rachat de Carrefour. L’opération avait toutefois échoué à la suite du refus des actionnaires de référence de Carrefour. Ces derniers étaient peu convaincus par les détails du projet.
En quête de partenaires, Auchan compte donc profiter de la restructuration de Casino pour discuter avec les principaux acteurs entourant le groupe de Jean-Charles Naouri. Les dirigeants d’Auchan ont notamment échangé avec Daniel Kretinsky. D’après Les Echos, le clan nordiste a aussi rencontré le trio Niel-Pigasse-Zouari.
Les Echos indiquent qu’Auchan n’a pas proposé au milliardaire tchèque un soutien financier qui l’aiderait à prendre le contrôle du groupe Casino. « Le jour où votre opération aura réussi, nous sommes prêts à discuter avec vous d’un projet industriel » ont seulement informé les dirigeants d’Auchan.
D’après un proche du dossier, Auchan ne se présente toutefois pas comme l’allié idéal pour Casino dans la mesure où il est surchargé d’hypermarchés. Par ailleurs, si le groupe de Jean-Charles Naouri revient à Daniel Kretinsky – ce qui induit que le conciliateur réussisse à convaincre les créanciers des atouts de cette proposition – d’autres poids lourds de la distribution entreront dans la danse, comme Carrefour. Des acteurs étrangers pourraient aussi toquer à la porte.
« La proposition qui pourrait avoir un intérêt pour Daniel Kretinsky, c’est de constituer un ensemble très français et de ne pas donner l’impression de vendre un fleuron de l’alimentaire tricolore à un étranger », confie aux Echos un observateur. Un argument qui a de quoi aligner les intérêts des deux camps.
Si d’ici quelques mois le groupe Casino risque de collaborer avec divers partenaires, il va aussi voir arriver de nouveaux banquiers. Fin mai, le distributeur a annoncé le lancement d’une procédure de conciliation de 4 mois visant à trouver un accord avec ses créanciers pour restructurer sa dette. Une nouvelle qui a poussé les différents protagonistes à renforcer leur dispositif en matière de conseil bancaire.
Daniel Kretinsky a par exemple décidé de travailler avec une banque d’affaires et a mandaté Messier & Associés, fondée par Jean-Marie Messier et dirigée par Mediobanca. L’ex-patron de Vivendi a confié Daniel Kretinsky à Jean-François Cizain (pour la partie restructuring) et à Fabrice Martineau.
« Du côté de Casino, où Rothschild & Co est le banquier historique, c’est Arnaud Joubert qui est aujourd’hui le plus sollicité sur les questions de dettes, en plus de Pierre-Henri Chappaz et de Grégoire Chertok. Chez Lazard Frères, François Guichot-Pérère fait tandem avec Andrea Bozzi. Pour les fondateurs de Teract, c’est Centerviews Partners qui est aux commandes avec Matthieu Pigasse et Nicolas Constant », indique La Lettre de l’Expansion.
Les créanciers ont comme principaux interlocuteurs Tanguy Rivière et Philippes Capron, tous deux engagés chez Perella Weinberg. Enfin, Yves Ayache (Morgan Stanley) s’informe depuis quelques jours auprès de ses confrères sur l’évolution du dossier Casino.
« Sans avoir de mandat formel, il effectue une veille pour Carrefour et son président Alexandre Bompard, dont il avait été le conseiller lors des discussions menées avec Auchan », précise la Lettre de l’Expansion.