Indiana Jones : la guerre des visions entre George Lucas et Steven Spielberg

Image d'illustration. Indiana Jones et les Aventuriers de l'Arche perdueLucasfilm / PR-ADN
Des années après sa sortie, Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal révèle ses vraies tensions : Spielberg et Ford refusaient l’idée des aliens.
En bref
- George Lucas voulait faire de Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal un film inspiré des aliens et de la SF des années 1950, mais Steven Spielberg et Harrison Ford refusaient un retour trop frontal à la science-fiction.
- Après plusieurs réécritures, le scénario a transformé les extraterrestres en entités extradimensionnelles, un compromis jugé moins convaincant par une partie de l’équipe.
- Kathleen Kennedy et d’autres estiment que ce désaccord créatif a pesé sur le résultat final, contribuant à faire de cet épisode l’un des plus critiqués de la saga Indiana Jones.
Les tensions autour d’Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal ne relevaient donc pas du fantasme de fans. Des années après, plusieurs proches du film racontent que George Lucas, Steven Spielberg et Harrison Ford se sont opposés sur un point central, l’arrivée des aliens dans l’univers d’Indiana Jones. Et vu la réputation du long métrage, ce n’est pas exactement un détail.
Un désaccord sur les aliens
Dans un entretien relayé par Vulture pour la sortie de Disclosure Day, nouveau film d’OVNI de Steven Spielberg, George Lucas reconnaît que cette idée venait largement de lui. Il voulait un film inspiré des séries B des années 1950, nourri par l’hystérie autour des soucoupes volantes après l’incident de Roswell en 1947.
Le souci, c’est que ni Harrison Ford ni Steven Spielberg n’étaient vraiment partants. Georges Lucas raconte que l’acteur lui a dit, en substance, qu’il ne voulait pas refaire un film de science-fiction, et que Steven Spielberg tenait la même ligne. Après cinq versions de scénario, les deux hommes ont fini par trouver un compromis, ne plus parler d’aliens au sens strict, mais d’êtres venus d’une autre dimension.
Kathleen Kennedy pointe le vrai point faible
Ce manque d’adhésion n’a pas été sans effet. Kathleen Kennedy, elle aussi interrogée, confirme que Steven Spielberg et Harrison Ford n’étaient pas à 100% convaincus.
Pour elle, c’est même la raison pour laquelle ce quatrième épisode reste le plus faible parmi les quatre réalisés par Steven Spielberg. Elle ajoute aussi que Harrison Ford s’est investi très fortement sur Indiana Jones et le Cadran de la destinée, parce qu’il ne voulait pas que cette aventure-là serve de conclusion au personnage. Dit autrement, Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal a laissé une trace, et pas la bonne.
Même l’équipe du film a vécu un tournage compliqué
Le malaise ne concernait pas seulement les grandes idées. Le scénariste David Koepp avait déjà expliqué en 2022 qu’il n’aimait pas utiliser des aliens dans un film Indiana Jones et qu’il avait tenté de faire changer d’avis Steven Spielberg.
Dans le même échange, David Koepp estime que la meilleure réplique du film venait de Larry Kasdan, allant jusqu’à laisser entendre qu’il aurait préféré le voir écrire l’ensemble du script. De son côté, le directeur de la photographie Janusz Kamiński parle du tournage le plus difficile de sa vie, en partie parce qu’il essayait de reproduire le style de quelqu’un d’autre. Résultat, un film où même la fabrication semble avoir tiré dans tous les sens.
Avec le recul, les doutes de Steven Spielberg prennent du poids
Dix-neuf ans plus tard, ces révélations renforcent une idée simple, les instincts de Steven Spielberg étaient sans doute les bons. La source rappelle que Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal a mieux marché au box-office que Indiana Jones et le Cadran de la destinée, mais qu’il ne sera probablement jamais vu comme un classique.
Le plus intéressant, au fond, c’est que la responsabilité de ce choix créatif controversé est aujourd’hui renvoyée d’abord vers George Lucas, pas vers Steven Spielberg. Une précision qui change pas mal la lecture du film, et de son échec critique persistant.