Hantavirus : les complotistes voient déjà une nouvelle « manipulation mondiale » après le Covid

Silhouette obscure utilisant un PC ADN
Alors que le hantavirus commence à susciter l’attention du public, certaines sphères complotistes s’emploient déjà à relier cette maladie émergente à des récits orchestrés, évoquant un nouveau scénario de manipulation mondiale inspiré de la pandémie de Covid-19.
Tl;dr
- Théories complotistes relancées après des cas d’hantavirus.
- Rumeurs de manipulation vaccinale et fraude électorale évoquées.
- L’ivermectine promue malgré son inefficacité prouvée.
La peur de l’hantavirus, nouveau terrain de jeu pour les complotistes
Difficile, ces derniers jours, d’ignorer la vague de désinformation qui envahit les réseaux sociaux après l’apparition de quelques cas d’hantavirus à bord du MV Hondius, un bateau croisière naviguant dans l’Atlantique.
En dépit des mises au point rassurantes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui affirme que ces situations n’ont rien en commun avec la pandémie du Covid-19, certains groupes continuent d’agiter le spectre d’une nouvelle crise planétaire.
Des discours familiers… et persistants
Sous des hashtags alarmistes comme « ALERTE CONFINEMENT », des figures bien connues du conspirationnisme, à commencer par Alex Jones, fondateur d’Infowars, alertent sur une prétendue opération orchestrée par les « mondialistes » : selon eux, il s’agirait ni plus ni moins que d’un « Covid 2.0 ».
Les mêmes arguments resurgissent alors : fausses accusations de manipulation génétique, menace d’une « épidémie planifiée », ou encore évocation de plans visant à restreindre les libertés individuelles en prévision des élections américaines à venir. Certains internautes vont jusqu’à affirmer que l’objectif serait d’imposer un vote par correspondance, soi-disant propice à la fraude – une théorie encore alimentée par les contestataires du scrutin présidentiel de 2020, tel Donald Trump.
L’éternel recyclage des recettes du doute
L’alimentation constante de ces rumeurs trouve sa source dans une tradition bien installée : celle qui attribue aux élites la création délibérée de maladies. Pour le chercheur Yotam Ophir, spécialiste de la désinformation à l’Université de Buffalo, cette mécanique s’est simplement accélérée sous l’impulsion des algorithmes et grâce au relais désormais assumé par certains membres influents du mouvement antivax – y compris au sein de l’administration Trump. Le phénomène se nourrit aussi de références détournées : articles scientifiques anciens sur les vaccins contre l’hantavirus, prises de position publiques de personnalités comme Bill Gates, voire épisodes obscurs de séries télévisées des années 1990.
Au fil des discussions en ligne, trois axes majeurs se dégagent :
- L’hantavirus serait un effet secondaire des vaccins anti-Covid développés par Pfizer.
- Certaines personnalités politiques qualifient le virus « d’arme biologique » lâchée volontairement.
- Divers pseudo-experts recommandent l’utilisation massive d’ivermectine.
Ivermectine et fausses solutions : la science reléguée au second plan
Sur Internet, les figures controversées ne manquent pas. On retrouve notamment la médecin texane Mary Talley Bowden, déjà connue pour ses positions extrêmes lors du Covid-19, qui promeut sans preuves l’ivermectine – tout en en faisant commerce sur son propre site. Dans le même esprit, le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, exhume un projet permettant la délivrance libre du médicament dans son État. Pourtant, pour le virologue John Lednicky, rattaché à l’Université de Floride, le constat est limpide : « La désinformation atteint des niveaux extrêmes avec l’ivermectine ». D’autant que ce médicament n’a démontré aucune efficacité contre ce type d’infections.
La rumeur galope plus vite que la raison : dans cet environnement saturé d’incertitudes et d’intoxications numériques, les vieilles peurs ont décidément la vie dure.