Michael : un biopic qui sacrifie la complexité de la star

Image d'illustration. MichaelUniversal Pictures / PR-ADN
Les aspects les plus polémiques de sa vie sont largement évités ou atténués dans le récit.
Tl;dr
- Le biopic Michael sur Michael Jackson divise fortement entre un public très réceptif et des critiques beaucoup plus sévères, accusées de ne pas comprendre l’attrait du film.
- Le récit évite largement les zones sombres de la vie du chanteur, en mettant de côté les controverses et en privilégiant une image positive et maîtrisée.
- Ce choix s’inscrit dans une tendance du biopic musical à privilégier le spectacle et l’émotion, au risque de simplifier la complexité des artistes représentés.
Un biopic qui préfère l’ombre à la lumière
Difficile d’ignorer le phénomène : le film Michael, consacré à la vie de Michael Jackson, déplace les foules. Interprété par son neveu, Jaafar Jackson, ce projet suscite néanmoins de vifs débats. La raison ? Un fossé béant entre la réception populaire, un score impressionnant de 97% sur le Popcornmeter de Rotten Tomatoes, et une volée de critiques très négatives, cristallisant un Tomatometer morose à seulement 38%. Dès lors, certains fans dénoncent l’élite des critiques, jugée déconnectée. Pourtant, ceux-ci sont aussi, souvent, de vrais passionnés.
L’évitement des zones d’ombre, une recette payante ?
Le scénario de Michael occulte soigneusement tout aspect controversé. Ni les allégations d’abus sexuels, pourtant centrales dans le documentaire « Leaving Neverland », ni les excentricités ou addictions qui ont marqué la vie du chanteur ne sont réellement abordées. On survole à peine les séquelles psychologiques liées à l’éducation stricte du patriarche Joe Jackson. Même la dépendance aux antalgiques n’apparaît que comme une anecdote survenue après l’accident lors du tournage d’une publicité Pepsi. En somme, tout ce qui aurait pu troubler l’image du « King of Pop » reste hors-champ.
Les recettes éprouvées du genre biopic musical
Ce choix narratif rappelle immanquablement celui opéré pour Bohemian Rhapsody, biopic oscarisé mais décrié, consacré à Freddie Mercury. Produit également par Graham King, le film avait misé sur la reconstitution éblouissante du concert Live Aid et relégué au second plan les aspects sombres du personnage. Aujourd’hui encore, c’est cette performance finale qui s’impose dans l’imaginaire collectif. De toute évidence, le public recherche avant tout l’émotion spectaculaire et une parenthèse enchantée, quitte à faire l’impasse sur la complexité humaine.
L’avenir du biopic : vers toujours plus de spectacle ?
Il semble donc que les spectateurs plébiscitent avant tout des fresques musicales vibrantes où seules les réussites comptent. À titre d’exemple :
- Michael se termine avant la mort de Jackson et promet : « His Story Continues… ».
- D’autres œuvres audacieuses comme Springsteen: Deliver Me From Nowhere peinent à trouver leur public.
À force de privilégier le divertissement au détriment de la nuance, Hollywood risque-t-il d’appauvrir le genre ? La question reste entière. Mais pour l’heure, rien ne semble pouvoir freiner cet appétit collectif pour des légendes revisitées façon grand spectacle, quitte à sacrifier un peu de vérité au passage.