Étienne Jaumet : "Les contraintes sont stimulantes" (Interview)

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Musique Zombie Zombie avec, de gauche à droite : Étienne Jaumet, Cosmic Néman et Doc Shonberg
Zombie Zombie avec, de gauche à droite : Étienne Jaumet, Cosmic Néman et Doc Shonberg

Étienne Jaumet nous accorde du temps pour discuter de son processus de création.

Avec deux albums solo sous le coude (Night Music, 2009; La Visite, 2015), de nombreuses collaborations et remixes, et le très actif duo Zombie Zombie qu'il forme avec Cosmic NémanÉtienne Jaumet est un artiste aussi prolifique qu'éclectique. Il répond à nos questions à l'occasion de la sortie du long-métrage Irréprochable de Sébastien Marnier.

24matins : Qu’est-ce qui vous pousse à créer ?

Étienne Jaumet : Certainement le devoir, la commande. C’est-à-dire que le groupe a commencé comme ça ; avec Cosmic Néman, on a décidé de faire de la musique ensemble, on a répété une fois, deux fois, trois fois et puis comme on s’amusait on s’est dit qu’on allait faire un concert, des morceaux.

Donc c’est la contrainte qui me pousse à créer. La contrainte, ça peut être le type de la maison de disques qui nous demande un morceau, ça peut être un concert, avec telles personnes et dans telles situations. Donc la créativité est liée, pour moi, à la demande extérieure. Là en l’occurrence, la demande était Sébastien Marnier.

Comment sonorise-t-on un film ?

Nous avions des bruits et des dialogues avec lesquels travailler, un matériel déjà très inspirant, dont il sort une atmosphère vraiment forte et c’est un point de départ très important.

Après, faire en sorte que ça colle avec l’imaginaire du réalisateur, c’est une autre histoire. Sébastien a repoussé plusieurs propositions qu’on lui a faites parce que ce n’est pas ce qu’il imaginait.

Combien de temps a pris la réalisation du projet ?

C’est allé très vite. Sébastien avait déjà essayé avec un autre musicien qui faisait des choses plus classiques et il nous restait très peu de temps pour faire la musique, mais cela correspond bien à ma façon de travailler qui est très spontanée.

La contrainte du temps a été plus stimulante que contraignante.

Une performance live de Zombie Zombie

Une performance live de Zombie Zombie

À écouter la bande originale, on vous imagine plus vous affairer sur des synthétiseurs que derrière un écran. Comment travaillez-vous ?

L’image est tout à fait juste. Je travaille avec des synthétiseurs qui n’ont pas de mémoire et j’utilise un ordinateur comme une sorte de magnétophone qui enregistre les morceaux. La plupart ont été faits presque instantanément, c’est-à-dire jouer-composer, sans réflexion préalable. On ajoute et modifie après, mais la plupart des morceaux ont ainsi été fait en un seul jet.

Le numérique dessert-il la spontanéité de l’acte créateur ?

L’analogique a sa façon de fonctionner très instinctive. Avec le numérique, on serait beaucoup plus dans la réflexion. J’ai adapté ma façon de composer aux instruments que j’utilise.

Quelles directives avez-vous reçues de la part de Sébastien Marnier ?

Les directives étaient inhérentes aux différentes scènes : Sébastien avait déjà mis des morceaux sur les scènes dans lesquelles il imaginait de la musique, et l’on en a rajouté à des endroits qui n’étaient pas prévu tout comme d’autres ont été enlevés à des endroits où l’on en avait mis.

Il y avait également des directives esthétiques : nous avions réalisé des morceaux avec des batteries, et ça ne collait pas avec l’esthétique du film, qui se voulait plus dépouillé. J’ai fait un morceau avec des cuivres qui a beaucoup plu, et l’on en a rajouté sur un personnage.

Une contrainte plus complexe pour nous était celle de coller à des ambiances : un passage dans un restaurant, une musique qu’on entend dans une boîte de nuit… Ce sont des contraintes très fortes.

La bande originale sonorise 31 minutes d’Irréprochable. Auriez-vous souhaité l’habiller davantage ?

J’aurais bien dit plus. La place laissée à la musique est assez belle cela dit, avec des moments sans dialogue qui la mettent en valeur.

Quel effet cela fait de voir son œuvre achevée en concordance avec une autre, issue d’un autre médium ?

C’est assez émouvant à vrai dire, parce qu’on s’aperçoit que sa musique se fait réapproprier par quelque chose d’autre et lui donner plus de sens, ou révéler son sens. Cette création est au service d’une œuvre globale, ce qui lui donne encore plus de force.

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