Pourquoi la hausse de la RAM pourrait toucher aussi vos appareils

Les mémoires DDR5 et HBM3 flambent sous l’effet de l’IA. Pour les PC, smartphones et l’Europe, la suite dépendra surtout des choix industriels.

Barettes de RAM
Image d'illustration. Barettes de RAM — ADN

En bref

  • La RAM grimpe avec l’essor de l’IA
  • Trois groupes dominent presque tout le marché
  • L’Europe reste très dépendante de l’étranger

On ne la voit jamais, mais c’est elle qui bloque tout quand elle manque. La RAM, en particulier les mémoires DDR5 et HBM3, connaît une hausse brutale des prix, au point que certains lots valent désormais quatre à cinq fois plus qu’il y a peu.

Une pièce discrète devenue stratégique

Le moteur principal, c’est l’intelligence artificielle. Julien Pillot, enseignant-chercheur en économie à l’INSEEC Grande École, explique que les infrastructures d’entraînement de l’IA, notamment les supercalculateurs, ont besoin de composants très performants comme la HBM3. En clair, la mémoire n’est plus un simple composant parmi d’autres, elle devient un point de passage obligé pour faire tourner les machines les plus gourmandes.

Pendant ce temps, la DDR5 reste la mémoire du matériel grand public. On la retrouve dans les PC de bureau, les machines de jeu et une large partie de l’informatique du quotidien. C’est là que le contraste frappe, une demande très technique d’un côté, mais des effets possibles sur des produits beaucoup plus ordinaires.

Trois fabricants, peu de marge de manœuvre

Le marché mondial repose presque sur trois noms, SK Hynix, Samsung et Micron. À eux seuls, ils concentrent près de 93 % de la production. Quand la demande bondit d’un coup, le système se tend immédiatement.

Et augmenter les capacités ne se fait pas en quelques semaines. Il faut agrandir ou bâtir des sites, investir lourdement, puis accepter un risque bien réel, celui d’une surproduction si la vague retombe plus tard. Résultat, les industriels avancent prudemment. Cette retenue entretient la pression sur les prix.

Autre point, ils arbitrent aussi entre les types de mémoire. La HBM3, plus rentable, peut être favorisée au détriment de la DDR5. Ce choix crée des goulets d’étranglement et peut allonger les délais sur toute une partie de la chaîne électronique.

Pour les consommateurs, rien n’est encore automatique

Faut-il s’attendre à une flambée immédiate du prix des smartphones et des ordinateurs ? Pas forcément. Chaque fabricant peut absorber une partie du choc, ou au contraire le répercuter selon sa gamme et l’état de la concurrence.

Le calcul dépend aussi d’autres variables, le coût des composants qui peuvent baisser ailleurs, le niveau des stocks, ou encore la capacité à retarder certaines productions. Bref, la hausse de la mémoire ne se transforme pas mécaniquement en hausse de tous les produits finis.

L’Europe regarde le train passer

Cette tension met surtout en lumière une faiblesse européenne. Malgré la présence de groupes comme ASML et STMicroelectronics dans les semi-conducteurs, l’Europe reste presque absente sur la mémoire vive elle-même. Elle dépend donc largement de l’Asie et des États-Unis.

Le déficit européen sur ces composants essentiels est estimé entre 8,5 et 17 milliards d’euros par an. L’European Chips Act vise bien 20 % du marché mondial des semi-conducteurs, mais sur la RAM, le chantier reste très incomplet.

Vos questions, nos réponses

Pourquoi la HBM3 est-elle si demandée ?

La HBM3 est une mémoire conçue pour offrir beaucoup de bande passante, c’est-à-dire qu’elle peut faire circuler énormément de données très vite. C’est exactement ce qu’attendent les systèmes d’IA lorsqu’ils entraînent de grands modèles sur des volumes massifs d’informations.

La DDR5 et la HBM3 servent-elles au même usage ?

Non. La DDR5 équipe surtout l’informatique grand public et professionnelle classique. La HBM3, elle, vise des usages beaucoup plus spécialisés, comme les accélérateurs et les supercalculateurs. Les deux mondes sont différents, mais ils se retrouvent en concurrence pour des capacités industrielles limitées.

Pourquoi l’Europe est-elle considérée comme dépendante ?

Parce qu’elle ne contrôle pas vraiment la production de mémoire vive, alors que ces puces sont indispensables à toute l’économie numérique. Si l’offre mondiale se tend ou si les priorités changent chez les producteurs, l’Europe subit davantage qu’elle ne décide.

L’European Chips Act peut-il changer la donne rapidement ?

Pas vraiment à court terme. Monter une filière de semi-conducteurs prend du temps, beaucoup d’argent et une vision industrielle suivie. L’objectif du texte européen est large, mais pour la mémoire vive, le retard reste concret et la montée en puissance ne sera pas immédiate.

Jordan Servan

Spécialiste Tech

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