Catastrophe de Fukushima : Tepco a minimisé la gravité des dégâts

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La ville de Fukushima, 3 ans après la catastrophe.

Un récent rapport public établit que la compagnie Tepco a demandé à ses équipes de ne pas employer, dans un premier temps, des termes spécifiques pour décrire la catastrophe de Fukushima, conduisant ainsi à un lancement tardif des opérations.

La catastrophe de Fukushima, dont les conséquences s'observent encore aujourd'hui plus de cinq ans après les faits, a été minimisée dans un premier temps par la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco). C'est ce que révèle en effet un document de 70 pages rédigé par trois avocats et dont la publication a eu lieu jeudi soir.

Le rapport indique notamment que le patron de l'époque de Tepco, Masataka Shimizu, a requis de ses équipes en place de "ne pas employer", les jours ayant suivi la catastrophe, le terme de "fusion des cœurs de réacteur". Ce sont des employés de l'entreprise qui ont rapporté cette recommandation, transmise par un responsable de la communication au bras droit, notamment, de M. Shimizu avant une conférence de presse tenue le 14 mars 2011.

Tepco : pas de "fusion des cœurs de réacteur" évoquée de suite pour Fukushima

Le directeur adjoint évoqué ici, Sakae Muto, a confirmé l'existence de la note, qui apparaît également au passage sur des enregistrements vidéo. Dans des propos rapportés par Le Point, le président du comité rapporteur Yasuhisa Tanaka a indiqué à la presse que ses collègues et lui ont "interrogé M. Shimizu en personne, mais [que celui-ci] n'a pas tout gardé en mémoire et c'est compliqué d'avoir sa version". Et d'ajouter que "toutefois, M. Muto a confirmé avoir reçu ce mémo."

La responsabilité de Masataka Shimizu discutée

Une recommandation qui aura eu comme notable effet de retarder les opérations de réaction face au désastre. Masataka Shimizu pourrait cependant ne pas avoir été l'instigateur de cette note. Le rapport mentionne ainsi "le bureau du Premier ministre" comme possible source, même si l'avocat Tanaka avoue qu'il n'a pas été possible d'"établir qui précisément avait donné cet ordre".

Le chef du gouvernement d'alors, Naota Kan, a réfuté vendredi cette accusation : "Je n'ai jamais donné de telles instructions. À l'époque s'étaient regroupés dans les locaux du Premier ministre des politiques, des bureaucrates et même des personnes de Tepco. Qui parmi ces gens a fait cette injonction, si on ne le dit pas clairement, c'est trompeur". Le même son de cloche a été émis dans la même journée par le secrétaire du gouvernement de l'époque Yukio Edano : "Faux, nous n'avons ni moi ni M. Kan à aucune occasion ordonné à M. Shimizu de ne pas utiliser l'expression de fusion de cœur de réacteur".  M.Edano envisage d'ailleurs de poursuivre en justice les signataires du rapport à qui il semble reprocher de décrédibiliser le Parti démocrate "à la veille d'un scrutin sénatorial".

Crédits photos : Attila Jandi / Shutterstock.com

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