En bref
- La fatigue pèse lourd sur la mortalité autoroutière
- Un tiers des conducteurs partent en manque de sommeil
- Près de 10% ont frôlé l’accident
37% des décès recensés sur autoroute en 2011 ont eu pour cause principale l’endormissement du conducteur. Le chiffre frappe, parce qu’il déplace le regard. On pense vitesse, alcool, météo. Et pourtant, la fatigue prend ici une place énorme.
Un chiffre qui change la lecture du risque
L’enquête menée par l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches s’est penchée sur l’hypovigilance, autrement dit cette baisse d’attention qui accompagne la fatigue, le manque de sommeil, la distraction ou la somnolence au volant. Sur les autoroutes, ses conséquences sont loin d’être marginales.
Les données rappelées sont nettes. Sur les 153 décès enregistrés cette année-là, plus d’un tiers sont liés d’abord à l’endormissement. Dit plus simplement, la somnolence n’est pas un risque secondaire. C’est l’un des dangers majeurs du trajet longue distance.
Des conducteurs déjà en manque avant le départ
Ce qui ressort aussi, c’est l’origine très concrète du problème. Avant un long trajet, beaucoup de conducteurs partent déjà avec un déficit de sommeil. Là, le contraste est assez rude entre l’idée du départ en vacances et l’état réel des automobilistes.
Parmi les personnes interrogées, une sur trois dit manquer d’au moins une heure de sommeil avant de prendre la route. Et pour près de 15%, ce manque atteint au moins deux heures. Bon, sur le papier, cela peut sembler limité. Au volant, c’est autre chose.
L’alerte sort enfin du second plan
L’étude repose sur 3 500 automobilistes interrogés sur leurs habitudes de conduite. Et un résultat résume bien le niveau d’exposition au risque, près de 10% reconnaissent avoir déjà frôlé un accident à cause de leur fatigue.
Ce danger reste pourtant mal identifié. La somnolence est encore peu connue, ou sous-estimée, par les usagers. Pierre Coppey, président d’un opérateur autoroutier, insiste sur la nécessité de mieux alerter les conducteurs. Il juge prioritaire de parler de ce risque, longtemps méconnu et minimisé.
Au fond, c’est peut-être ce qui ressort le plus de cette enquête. La fatigue au volant ne fait pas de bruit, ne se voit pas toujours, mais elle pèse lourd au moment où tout peut basculer.
Vos questions, nos réponses
Que veut dire exactement l’hypovigilance ?
L’hypovigilance désigne une baisse de l’attention. Dans cette enquête, le terme regroupe surtout les effets de la fatigue, du manque de sommeil, de la distraction et de la somnolence sur la conduite. En gros, le conducteur reste au volant, mais ses réflexes et sa concentration ne sont plus au même niveau.
Pourquoi le long trajet semble-t-il particulièrement concerné ?
Parce que l’enquête relie clairement le risque aux départs sur longue distance, notamment avant les vacances. Le problème commence parfois avant même de rouler, avec un sommeil écourté. Le trajet ne crée donc pas seul le danger, il l’aggrave quand le conducteur part déjà fatigué.
La fatigue est-elle seulement une gêne ou un vrai facteur d’accident ?
Les chiffres donnés ici montrent qu’il s’agit d’un facteur majeur. D’un côté, près de 10% des automobilistes disent avoir frôlé un accident à cause d’elle. De l’autre, l’endormissement apparaît comme la cause principale de 37% des décès relevés sur autoroute en 2011.
Pourquoi ce risque reste-t-il sous-estimé ?
Justement parce qu’il est moins visible que d’autres dangers. La somnolence ne laisse pas la même impression immédiate qu’une vitesse excessive ou qu’un comportement manifestement dangereux. C’est le point souligné par Pierre Coppey, qui estime qu’il faut mieux sensibiliser les usagers à ce risque encore trop mal connu.