Syrie : le cimentier Lafarge poursuivi pour financement du terrorisme

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Le PDG de Lafarge, Bruno Lafont (d) et Rolf Soiron, dirigeant du suisse Holcim, à Paris le 7 avril 2014

L'ONG Sherpa a déposé plainte à Paris contre le cimentier français Lafarge. L'entreprise est notamment accusé de financement du terrorisme.

Le cimentier Lafarge a-t-il financé l’État Islamique ? C’est en tout cas ce que croit l’Organisation Non-Gouvernementale Sherpa qui vient de déposer une plainte contre le groupe français qu’il accuse d’avoir entretenu des liens étroits avec Daesh pour continuer ses activités en Syrie.

Payer l’EI pour continuer à travailler

L’affaire, révélée par nos confrères du Monde, remonte à 2013 et 2014. Le groupe Lafarge, qui exploitait une cimenterie dans la ville de Jalabiya, à 150 kilomètres au nord-est d’Alep, voit d’un regard inquiet l’État Islamique s’emparer peu à peu des grandes villes de la région pour prendre le contrôle des ressources du pays.

Le groupe de matériaux de construction aurait alors pris contact avec l’organisation terroriste, notamment par le biais des intermédiaires et des négociants qui commercialisaient le pétrole raffiné par l’EI, afin de pouvoir continuer à exploiter sa cimenterie. Daesh prend finalement le contrôle. L’entreprise aurait cherché à garantir l’accès à l’usine pour ses ouvriers et ses marchandises en missionnant un intermédiaire pour obtenir des laissez-passer aux checkpoints contrôlés par l’EI en payant une licence et en versant des taxes à l’organisation. Des pratiques consignées dans des échanges de mails au sein des hautes sphères de l’entreprise.

Le « cynisme » des grandes entreprises

L’ONG Sherpa, spécialisée dans la « défense de victimes de crimes économiques », a déposé sa plainte pour « financement du terrorisme », « complicité de crimes contre l’humanité », « complicité de crimes de guerre » et « mise en danger délibérée d’autrui » aujourd’hui auprès du doyen des juges d’instruction de Paris. La plainte a été déposée en collaboration avec le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l’Homme de Berlin.

L’organisation dénonce « l’obsession d’une entreprise de maintenir une activité profitable au risque de devoir rendre des comptes et que soient mises au jour des liaisons pour le moins dangereuses avec ceux qui sont perçus comme les pires ennemis de l’humanité ».

Le groupe LafargeHolcim n’a pas souhaité réagir pour le moment, mais avait indiqué en juin dernier avoir seulement œuvré pour « la sécurité de ses employés ».

Crédits photos : © AFP/Archives

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