Hôpital MSF bombardé, pour les USA ce n'est pas un crime de guerre

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International Photo du 10 novembre 2015 de l'hôpital de MSF attaqué par un raid de l'armée américaine, à Kunduz, en Afghanistan
Photo du 10 novembre 2015 de l'hôpital de MSF attaqué par un raid de l'armée américaine, à Kunduz, en Afghanistan

Le rapport du Pentagone sur le bombardement d'un hôpital de Médecins Sans Frontières sorti hier conclut que leurs militaires n'ont pas commis de crime de guerre. Une conclusion incompréhensible pour MSF.

Le 3 octobre 2015, l'armée américaine bombardait et détruisait un hôpital tenu par Médecins Sans Frontières (MSF) à Kunduz en Afghanistan, détruisant l'établissement, tuant 42 personnes et faisant 37 blessés. L'émotion était vive après cet acte odieux qui va à l'encontre de toutes les règles internationales. Le Pentagone a alors mené une enquête pour connaitre les raisons de ce massacre que la presse du monde entier a qualifié de crime de guerre. Le rapport remis hier par le Pentagone assure qu'il ne s'agit pas de crime de guerre, dédouanant, de fait, son armée mais pointant du doigt des erreurs humaines.

Pour les américains, il ne s'agit pas d'un crime de guerre

Alors que les Etats-Unis sont souvent très prompts à dénoncer des crimes de guerre chez leurs ennemis, lançant même des guerres ou des sanctions sous ce prétexte, il semblerait que lorsqu'il s'agit des crimes commis par ses militaires, les crimes sont requalifiés en "erreurs humaines non intentionnelles".

Joseph Votel, Général et commandant du centre opérationnel de l’armée américaine (Centcom) a ainsi indiqué que l'enquête américaine avait conclu que "certains membres du personnel n’avaient pas respecté les règles de l’engagement et le droit des conflits armés. Cependant, l’enquête n’en conclut pas que ces manquements constituent un crime de guerre".

Pour le général américain, des "erreurs humaines non intentionnelles, des erreurs de procédure et des défauts d’équipement" ainsi qu'"un rythme élevé d’opérations" sont les responsables du drame. L'armée américaine a donc requalifié le crime de guerre en erreurs et sanctionné 16 de ses militaires avec des suspensions ou des lettres de réprimande.

Des conclusions à l'encontre du rapport de MSF

En novembre 2015, un rapport de Médecins Sans Frontières avait pourtant conclu que l'hôpital avait été "ciblé dans le but de tuer et de détruire". Meinie Nicolai, la présidente de Médecins Sans Frontières n'accepte pas les conclusions du Pentagone.

A la lecture du rapport des militaires américains, elle a déclaré que les militaires US reconnaissaient d'une certaine façon : " qu’une opération militaire hors contrôle aurait été menée dans une zone urbaine densément peuplée, lors de laquelle les forces américaines ne seraient pas parvenues à suivre les règles de base de la guerre" avant d'ajouter qu'"il est incompréhensible que dans les circonstances décrites par l’armée américaine, l’attaque n’ait pu être avortée".

La présidente de Médecins Sans Frontières estime par ailleurs qu'une enquête indépendante doit être menée et qu'"une enquête menée par l’armée américaine ne peut suffire". Elle a par ailleurs raillé les petites sanctions données par l'armée américaine aux responsables de ce crime les estimant "hors de proportion avec la destruction d’une installation médicale protégée".

Crédits photos : © AFP NAJIM RAHIM

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