Les "espressos" de retour en terrasse en Italie, la basilique Saint-Pierre et l'Acropole qui rouvrent: l'Europe a franchi lundi une nouvelle étape dans son déconfinement au moment où l'OMS se réunit à Genève pour débattre de la pandémie qui a fait plus de 315.000 morts.
En ouverture de cette réunion en visioconférence exceptionnelle, à laquelle prennent part 194 pays, le président chinois Xi Jinping a assuré qu’un éventuel vaccin chinois contre le coronavirus serait un “bien public mondial”.
Dans l’attente d’un remède, le monde s’efforce de relancer des économies asphyxiées, même si le coronavirus progresse, notamment au Brésil, en Inde ou en Afrique du Sud, et que rode le spectre d’une deuxième vague.
En Italie, un des pays les plus endeuillés par la pandémie partie de Chine fin 2019, et le premier à avoir adopté un confinement total de sa population, l’heure est enfin venue lundi de déguster un café en terrasse.
Un moment “positif”, savoure Elena Quercia, une bijoutière romaine, attablée sur une placette près du Campo dei Fiori pour déguster un café et une pâtisserie avec des amis, malgré un temps maussade.
Un peu plus loin, Raimondo Ricci, le patron du San Eustachio Il Caffe, accuse pour plaisanter son serveur d’avoir perdu la main après plus de deux mois d’inactivité: “Il ne sait plus ce qu’il fait !”
“Initiative” de Macron et Merkel
Autres symboles forts: la basilique Saint-Pierre au Vatican, fermée depuis le 10 mars, ainsi que l’Acropole d’Athènes ont également rouvert lundi.
Des promeneurs près de l’Acropole, le 17 mai 2020 à Athènes© AFP ARIS MESSINIS
Partout, des mesures de distanciation sociale sont en vigueur pour tenter d’éviter un rebond de la maladie.
Lançant la réunion de Genève, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a jugé que le monde payait au “prix fort” des stratégies divergentes face à la pandémie.
Malgré l’escalade des tensions entre Washington et Pékin, les pays espèrent adopter par consensus une résolution portée par l’UE et demandant un “processus d’évaluation” des mesures prises par l’organisation face à la pandémie.
M. Xi a réaffirmé souhaiter une “évaluation complète” de la réponse mondiale, mais “quand l’épidémie sera enrayée”. La réunion est programmée jusqu’à mardi.
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé Tedros Adhanom Ghebreyesus sur une photo transmise par l’OMS, à Genève (Suisse) le 16 mai 2020© World Health Organization/AFP Christopher Black
Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel doivent pour leur part donner une conférence de presse lundi à 15H00 GMT pour présenter une “initiative franco-allemande”, alors que les 27 peinent à s’entendre sur une réponse commune face à la crise économique.
Celle-ci menace les moyens de subsistance de centaines de millions de travailleurs, selon l’Organisation internationale du travail (OIT).
“Retour à la normale”
Le quartier des commerces de luxe de Ginza à Tokyo le 17 mai 2020© AFP Kazuhiro NOGI
Troisième économie mondiale, le Japon a confirmé lundi être entré en récession, comme plusieurs pays avant lui. Il a également annoncé fermer l’emblématique Mont Fuji aux randonneurs en raison du coronavirus.
Aux Etats-Unis, le patron de la banque centrale, Jerome Powell, a estimé que la chute d’activité chercherait “facilement dans les 20, les 30%”, et que le chômage pourrait culminer à 20 ou 25%, dans un pays où la protection sociale est limitée.
Il a toutefois pointé des “différences fondamentales” avec la Grande Dépression des années 1930, les Etats étant selon lui mieux armés pour faire face à la crise.
Alors que le président Donald Trump plaide pour un rapide “retour à la normale”, les trois géants américains de l’automobile reprennent la production lundi. Mais l’inquiétude reste grande sur les chaînes de montage où il est difficile de garder ses distances et d’éviter la propagation du coronavirus.
Le président brésilien Jair Bolsonaro porte un enfant habillé en militaire, lors d’un rassemblement, le 17 mai 2020 à Brasilia© AFP Sergio LIMA
Très hostile aux mesures de confinement, le président brésilien Jair Bolsonaro a salué dimanche des centaines de ses partisans au mépris des règles de distanciation sociale, et sans un mot pour les quelque 16.000 morts du Covid-19 dans le pays.
L’Inde, à l’inverse, a prolongé jusqu’à fin mai les mesures de confinement en vigueur depuis fin mars. Elle enregistre sa plus forte augmentation du nombre de cas quotidiens depuis le début de la crise.
Les autorités de ce pays de 1,3 milliard d’habitants ont cependant évoqué des assouplissements pour “faciliter les activités économiques”.
Cercles géants
Comme l’Italie et la Grèce, plusieurs autres pays ont également poursuivi leur déconfinement lundi.
Reprise des cours dans un lycée à Athènes le 11 mai 2020© AFP ORESTIS PANAGIOTOU
Certains collégiens français ont retrouvé les bancs de l’école, mais seulement dans les régions les moins touchées par l’épidémie.
En Belgique, où c’est également la rentrée, Paul Leblanc, proviseur d’un lycée d’Ixelles, près de Bruxelles, a accueilli ses élèves avec l’air du film Star Wars. “C’est une rentrée masquée”, a-t-il rappelé.
Du Portugal à l’Azerbaïdjan en passant par le Danemark ou l’Allemagne, plusieurs autres pays ont rouvert lundi restaurants, cafés et terrasses, dont les fameux Biergarten, les brasseries en plein air de Bavière.
Les Allemands avient déjà eu le privilège ce weekend de retrouver leur championnat national, premier à reprendre en temps de pandémie. Mais à huis clos.
Des personnes pratiquent la distanciation sociale dans des cercles dans un parc de Brooklyn, le 17 mai 2020© AFP Johannes EISELE
En Allemagne, comme en France ou aux Etats-unis précédemment, la multiplication de foyers de coronavirus dans des abattoirs pose questions.
A New York, un parc de Brooklyn s’est doté de cercles géants permettant aux gens s’allonger dans l’herbe tout en respectant la distanciation sociale.
Au Canada, une habitante pense avoir trouvé le moyen de faire un câlin à sa mère en toute sécurité, grâce à une bâche en plastique qu’elle a dotée de quatre manches. “Je me suis dit qu’elle ne recevait pas de câlins et qu’on devait vraiment faire quelque chose”, explique cette inventeuse, Carolyn Ellis.
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