UNESCO 2017 : Qui pour succéder à Irina Bokova ?

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Irina Bukova

Au terme de ses deux mandats à la tête de l’UNESCO, Irina Bokova quittera son poste de directrice générale en 2017. Huit années plus tard, le monde arabe réussira-t-il à accéder à la présidence de l’organisation des Nations Unies ?

Depuis l’été, les pronostics vont bon train, et la question de la nomination d’une personnalité arabe à la tête de l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture refait surface, aucun pays de la région n’étant encore parvenu à amener son candidat jusqu’à la plus haute marche. Sur fond d’accusations d’antisémitisme, Farouk Hosni, ancien Ministre de la Culture en Egypte, avait en effet échoué de peu en 2009 face à l’actuelle directrice générale, ce au 5e tour du scrutin.

En 2009, la presse égyptienne et les milieux intellectuels du Caire n’avaient pas mâché leurs mots suite à l’échec de leur candidat, pointant des pressions du "lobby juif", des Etats-Unis et la "polarisation entre le nord et le sud". A la même occasion, le directeur de campagne de Farouk Hosni avait également dénoncé une volonté des Etats membres de barrer la route à un courant culturel. Mais alors, sous prétexte que des représentants Européens aient été élus plusieurs fois de suite, l’UNESCO aurait soudain besoin de quotas d’après les représentants Egyptiens ?

Moushira Khattab candidate pour succéder à Irina Bukova

Aujourd’hui rassérénée, il semble que l’Egypte veuille re tenter sa chance, avec la candidature de Moushira Khattab, investie au mois de juillet dernier lors d’une cérémonie en grandes pompes. Ancienne ministre d’Hosni Moubarak, cette dernière a eu la charge du Ministère de la Famille et de la population de 2009 à 2011, et n’a pas occupé de position gouvernementale depuis la chute de l’ancien président lors du Printemps arabe. D’ici 2017, la diplomate, particulièrement sensible au droit de l’enfance, devra faire ses preuves et légitimer sa candidature, ainsi que celle de son pays.

Interrogée par Al Monitor en août 2016, Moushira Khattab le sait, le combat n’est pas gagné. Elle argumente en posant deux axes directeurs de sa campagne pour briguer la présence de l’organisation : la légitimité de l’Egypte, et celle de son parcours. Un parcours d’abord, assez peu conséquent au regard de celui de ses compétiteurs notamment dans le champ de la culture, qu’elle n’a que très peu abordé au cours de sa carrière. Mais surtout une candidate bardée d’un fardeau non négligeable, l’image d’un gouvernement et d’un pays en proie à de nombreuses problématiques, plus particulièrement sur le plan des droits fondamentaux.

L’Egypte à la tête de l’UNESCO : un chemin encore long ?

Etat membre de l’UNESCO depuis 1946, l’Egypte en effet n’en demeure pas moins très loin des préceptes de l’organisation. Liberté de la presse menacée, droits de l’Homme régulièrement remis en question, liberté artistique soumise à la censure sous couvert de « l’exception religieuse »… La question de la nomination d’un représentant égyptien à la tête d’un organe comme l’UNESCO enverrait un message plutôt paradoxal, les récentes actualités politiques et législatives du pays convergeant difficilement avec les valeurs morales et les idéaux de l’organisation, qui cherche par exemple à « favoriser la liberté d’expression », « protéger le patrimoine et favoriser la créativité » ou encore « apprendre à vivre ensemble », le tout bien entendu sur un socle de défense des Droits de l’Homme. Des champs d’action où l’Egypte compte encore, de nombreuses ombres au tableau.

Car le pays continue de vivre selon une vision très restrictive de la liberté de la presse, et le la liberté d’expression. En 2015 encore, le gouvernement Sissi adoptait une loi visant à sanctionner durement les journalistes qui couvriraient des attentats sans s’en tenir aux informations officielles communiquées par le gouvernement. Une loi qui non sans constituer déjà un retour en arrière considérable pour la liberté des médias, s’applique également aux réseaux sociaux, soumis à un dispositif de surveillance accru et officialisé par un rapport judiciaire remis au Conseil d’Etat égyptien au mois de septembre. Une décision qui fait écho au rôle des réseaux sociaux lors des Printemps arabes et une atteinte à la liberté d’expression de tout un peuple, disposant de libertés en fin de compte jamais véritablement gravées dans le marbre.

Une annonce qui a déclenché la colère des observateurs et des défenseurs des droits de l’Homme un peu partout dans le monde, et une situation sur laquelle la candidate ne s’est pas encore exprimée, ce qu’elle aura vraisemblablement à faire au cours de sa campagne pour l’investiture de l’UNESCO.

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