Turquie : une réforme constitutionnelle qui pourrait conduire à "un système autoritaire"

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Le premier ministre turc, Recep Erdogan, lors du forum de l'Alliance des civilisations des Nations Unies (UNAOC), à Rio en 2010.

Alors que le Parlement de Turquie vient d'adopter la réforme constitutionnelle conférant davantage de pouvoir à Recep Tayyip Erdoğan, un éditorialiste estime que cette révision "va ouvrir la voie à un système autoritaire, voire totalitaire".

Récemment dopté en seconde lecture par le Parlement de Turquie, le projet de réforme constitutionnelle visant à renforcer les pouvoirs du président Recep Tayyip Erdoğan n'est pas forcément bien perçu par un certain nombre d'observateurs. Parmi eux, l'éditorialiste turc Ali Bayramoglu qui écrivait encore, jusqu'à il y a peu, dans les colonnes du quotidien proche du pouvoir Yeni Safak.

Auprès de nos confrères de L'Obs, M. Bayramoglu estime ainsi que "cette réforme va ouvrir la voie à un système autoritaire, voire totalitaire. C'est la réforme constitutionnelle la plus restrictive concernant les grands principes démocratiques et de séparation des pouvoirs de l'histoire turque. Si la première constitution de 1924 était une constitution qui ne séparait pas les pouvoirs, il s'agissait alors d'un système parlementaire. Aujourd'hui, nous parlons d'un système présidentiel, de pouvoirs tous concentrés non dans les mains d'une assemblée mais d'un seul homme."

Réforme constitutionnelle en Turquie : un référendum prévu

Il est prévu que cette réforme fasse l'objet d'un référendum dans les prochaines semaines. Pour l'éditorialiste, si les différents camps semblent de force quasi-égale, la population pourrait finalement voter en majorité pour la validation de cette révision :

"Selon les sondages, 44% se prononcent pour et 42% contre. Il y a encore des gens qui ne sont pas décidés. Mais vu le climat actuel en Turquie, les conditions politiques et les événements de terreur qui effrayent la population, il y a une revendication de stabilité et même de stabilité autoritaire. Les gens ont peur à l'écoute du discours de Tayyip Erdoğan, des conservateurs et des kémalistes qui martèlent que la Turquie est en danger à cause du problème kurde, de la Syrie, de l'Irak... et cela exacerbe le climat nationaliste, étatiste."

Un "non" contraindrait Erdoğan à "faire des pas en arrière"

Et dans la situation où ce référendum serait rejeté, il s'agirait alors pour l'exécutif de reconnaître la nécessité de revoir son projet tel qu'il a été présenté :

"À écouter Tayyip Erdoğan et les nationalistes, un 'non' au référendum entraînerait le chaos. Mais pourquoi ? Ce serait simplement le début d'une ère où les opposants pourraient avoir du courage et reprendre la parole. Erdoğan se verrait simplement signifier qu'il doit faire des pas en arrière."

Crédits photos : UNAOC (Flickr)

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