Turquie : 4 explications au déclin d'Erdogan

Par , publié le
International
Le premier ministre turc, Recep Erdogan, lors du forum de l'Alliance des civilisations des Nations Unies (UNAOC), à Rio en 2010.

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan voit son parti affaibli par les résultats des élections législatives de dimanche.

L'AKP, parti du Président, est bel est bien sorti vainqueur des élections législatives de dimanche en Turquie. Mais, avec "seulement" 40% des voix, ce dernier recule, enregistrant même son plus mauvais score sorti des urnes depuis 2002. La majorité absolue perdue au Parlement vient ainsi contrarier les plans d'Erdogan, qui comptait sur ce scrutin pour renforcer son pouvoir et sa légitimité.

Ce dernier, élu en août dernier après 12 ans comme Premier ministre, avait en effet pesé sur la campagne au point de transformer l'élection en un référendum pour ou contre lui. L'homme visait alors une victoire massive afin de parvenir à modifier la Constitution et de présidentialiser davantage les institutions.

Ce revers tombe ainsi au plus mal pour l'AKP, qui va devoir trouver un partenaire pour former une coalition de gouvernement.

En Turquie, l'économie morose

L'échec du Président turc s'explique aujourd'hui par quatre facteurs, plus ou moins liés les uns aux autres.

Le premier, économique, est sans doute le plus parlant : après plus de dix ans de cercle vertueux au cours desquels la Turquie avait triplé son PIB, le pays est, depuis deux ans, profondément rattrapé par la crise économique ayant touché l'Europe.

Le chômage est récemment passé au-dessus des 11%, l'inflation grimpe en flèche, les investisseurs étrangers fuient, et les exportations diminuent.

L'autoritarisme d'Erdogan pointé du doigt

En cette période de crise, les regards se focalisent ainsi davantage sur les dérives du pouvoir. Si la tendance autoritaire d'Erdogan ne dérangeait pas tant que les indicateurs économiques étaient au beau fixe, la répression des manifestations de 2013, suivi des tentatives récentes de museler la presse et d'interdire les raisons sociaux sont cette fois-ci très mal passées auprès de l'opinion.

De même que les récents scandales de corruption qui ont éclaboussé des membres du parti et du gouvernement n'ont vraisemblablement pas été ignorés des électeurs.

Un grand parti kurde?

Enfin, la percée du parti kurde met également à mal l'AKP. Se présentant comme le rempart à l'autoritarisme, s'adressant aux Kurdes comme à toutes les minorités ainsi qu'aux Turcs, le HDP, présenté comme le parti pour la démocratie, tient donc aujourd'hui une place de poids lourd avec lequel il va falloir compter.

Reste maintenant à Erdogan et à son clan à trouver un allié afin de parvenir à gouverner.

Crédits photos : UNAOC (Flickr)

Partager cet article

Pour en savoir plus