Madame Liszt : hommage pour une immense artiste au talent peu connu

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Musique Madame Liszt : hommage pour une immense artiste au talent peu connu

Franz Liszt se prépare à accueillir au paradis des musiciens celle qui sut plus que tout autre défendre son œuvre et son influence sur la musique de son époque mais aussi du 20ème siècle.

Le nom de France Clidat restera indissolublement lié à celui du compositeur hongrois dont elle était capable de jouer les deux concertos, la Totentanz et la Fantaise Hongroise au cours du même concert, ce qui lui valut de la part du fameux critique Bernard Gavoty le surnom plus haut évoqué.

Mais il faut cependant sortir du raccourci qui ferait de France Clidat uniquement une lisztienne.

Comme bien des virtuoses qu’elle admirait tant (au premier rang desquels Emil Gilels avec qui elle travailla ou Georges Cziffra),France Clidat était capable d’une grande sensibilité dans ses interprétations, elle était également une grande interprète de Chopin, dont elle avait enregistré de très belle manière les deux concertos ce qui lui valut les honneurs de la critique notamment pour l’intensité émotionnelle avec laquelle elle jouait la romance du concerto en mi mineur.

Elle avait également enregistré l’intégrale de l’oeuvre d’Erik Satie avec beaucoup de finesse et d’élégance.

Son jeu était aux antipodes de celui froid et sans âme de maints techniciens insipides. Si elle faisait montre d’un abattage technique impressionnant (et comment peut-on jouer Liszt ou Rachmaninov sans être solidement armé?), sa science du clavier son intelligence dans la compréhension des oeuvres et leurs constructions ne l’empêchait pas néanmoins de mettre à la fois sensibilité et sens de l’improvisation dans son jeu, ce qui donnait des interprétations à la fois raisonnées et vivantes.

Je me souviens l’avoir entendue un jour d’automne 2003 à la Salle Gaveau, dans cette oeuvre si atypique qu’est Burleske de Richard Strauss pour piano et orchestre, oeuvre méconnue assez brève, mais où les « vacheries » techniques côtoient des moments de grande poésie.
France Clidat sut y mettre beaucoup de profondeur et cela reste pour moi un moment magique inoubliable.

J’ai été pour ma part un de ses nombreux élèves à l’Ecole Normale de Paris où l’on venait du monde entier pour jouer devant elle. Sa forte personnalité et son franc-parler, sa culture immense et sa grande humanité faisaient de ses cours des moments privilégiés et intenses qui nous donnaient le désir de vivre encore plus pleinement la musique.

Je me fais l’interprète de tous ses élèves, ceux que je connais comme ceux beaucoup plus nombreux que je ne connais pas, pour dire à quel point les années passées dans sa classe sont et resteront à tout jamais des souvenirs indélébiles et de grands moments.

Elle nous a quitté le 17 mai dernier et nous laisse tous un peu orphelin de son talent et de sa gentillesse. Ses obsèques auront lieu au cimetière du Père-Lachaise vendredi 25 mai à 15h non loin de la tombe de Chopin qu’elle aimait tant et de tant d’autres artistes célèbres autant qu’émérites.
J’adresse à son mari ainsi qu’à tous ceux qui l’aiment, ses proches, les gens qui l’admirent comme ses élèves de par le monde, mes profonds regrets et mes condoléances émues.

La musique ne vient pas seulement de perdre une grande pianiste, mais aussi une femme de coeur qui savait partager ses connaissances et nous faire prendre conscience de l’importance que constitue l’art véritable dans un monde qui manque tellement de repères. Puisse son héritage discographique aider à perpétuer sa mémoire dans les années futures.

David Nicolle (une élève-ami et un ami-élève France Clidat dixit)

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