Etta James : mort d’une légende du r&b

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Musique Etta James

La chanteuse américaine s'est éteinte vendredi 20 janvier à Los Angeles. Atteinte d'une leucémie en phase terminale, elle était âgée de 73 ans.

C’est son ami et agent depuis plus de trente ans, Lupe de Leon, qui a annoncé la nouvelle. « Le décès est survenu suite à des complications de sa leucémie. Son mari Artis Mills et ses fils Donto et Sametto James étaient à ses côtés. C’est une perte terrible pour sa famille, ses amis et tous ses fans dans le monde entier. » Diagnostiquée en 2010, la maladie d’Etta James s’était aggravée en décembre dernier entrainant son hospitalisation dans un hôpital de Riverside, à l’est de Los Angeles. On apprenait alors que la chanteuse souffrait également de démence sénile et d’une hépatite C.

De son vrai nom Jamesetta Hawkins, Etta James était avant tout une voix unique au timbre si spécifique. Une chanteuse inclassable, réputée pour ses relations tumultueuses avec sa famille, les hommes, l’industrie de la musique et la drogue.

Véritable enfant prodige, c’est dès l’âge de cinq ans que Jamesetta Hawkins entame sa carrière musicale. Chanteuse au sein de la chorale gospel d’une église de Los Angeles, elle en devient très vite la soliste. Les radios locales la diffuse sur leurs ondes et l’on vient des quartiers huppés d’Hollywood pour entendre la fillette à la voix de femme. Née d’un père inconnu et d’une mère tout juste âgée de 14 ans lors de sa naissance, cette dernière refusera toujours de lui révéler l’identité de son paternel. Toutefois, Jamesetta restera convaincue qu’il s’agit de Rudy Wonderone, allias Minnesota Fats, la star du billard.

D’abord confiée par sa mère à sa logeuse, la petite fille rejoint sa génitrice à San Francisco l’année de son 12e anniversaire. Plus ou moins livrée à elle-même, l’adolescente déserte les bancs de l’école pour sortir avec des garçons, se battre avec des filles, fumer des joints et voler pour s’acheter des vinyles. Une période chaotique marquée par un passage en maison de correction.

C’est au cours de cette même période que Jamesetta Hawkins monte son premier groupe : The Creolettes. Une formation rythm&blues exclusivement féminine qui se produit dans les rues de San Francisco. Le trio est alors repéré par Johnny Otis*, musicien, compositeur et découvreur de talent. Celui-ci, en pleine tournée, décide de les prendre sous son aile et leur accorde une place dans son spectacle. Alors mineure, Jamesetta n’hésite pas une seconde à mentir sur son âge pour pouvoir participer à cette aventure. Dès lors, l’homme procède à quelques modifications, les Creolettes deviennent les Peaches et il inverse le prénom de Jamesetta pour en faire le nom de scène qu’elle gardera toute sa vie : Etta James.

En 1954, toujours sous l’impulsion de Otis, les Peaches enregistrent leur premier titre : Roll with me Henry, en réponse au Work with me, Annie de Hank Ballard. Jugé trop olé-olé par les radios locales, le morceau est rebaptisé The Wallflower et entre dans les top 10 du hit parade R&B. Néanmoins, le succès est encore plus retentissant lorsque, rebaptisé Dance with me Henry, la chanson est reprise par la chanteuse (blanche) Georgia Gibbs.

Succès et notoriété sont donc au rendez-vous et l’ascension d’Etta James commence à prendre de l’ampleur. Elle multiplie les enregistrements, les rencontres et les tournées aux côtés de grands noms tels que Little Richard, Fats Domino, Jerry Lee Lewis ou encore les Everly Brothers. C’est à cette période, en 1960 qu’elle enregistre son titre fétiche : At last.

Cette prospérité s’accompagne cependant d’une lourde dépendance à l’héroïne. « J’essayais d’être cool » confesse la chanteuse pour expliquer sa descente aux enfers. Une addiction qui va durer près de 20 ans, mettre en péril sa vie, sa voix, sa famille, ses amitiés et son porte monnaies et quasiment détruire sa carrière.

Bien qu’elle continue à sortir des disques et à monter sur scène, elle ne reprend véritablement le dessus qu’en 1984. Etta James est alors invitée à interpréter l’hymne national aux Jeux Olympiques de Los Angeles. Peu à peu sa carrière est relancée : The Wallflower est utilisé pour la BO de Retour vers le futur, elle fait quelques apparitions télévisées et sort un nouvel album, Seven years itch, après sept années passés loin des studios. Et, enfin, la reconnaissance. En 1993 elle intègre le Rock and Roll Hall of Fame, le Panthéon du rock. En 1995, elle remporte son premier Grammy Award pour Mystery Lady, trois autres suivront ainsi que dix-sept Blues Music Awards.

En novembre dernier, Etta James sort The Dreamer**, son dernier album. Un ultime opus témoin de son histoire et de son évolution musicale. Un disque comme point final d’une vie intrépide et mouvementée. « Je voulais être rare, je voulais être remarquée, je voulais être exotique comme une choriste du Cotton Club***, et je voulais être remarquée comme l’est la plus flamboyante des prostituées dans la rue. Je voulais simplement être. » Voilà chose faite, Etta James est et sera pour toujours une véritable légende du R&B, du jazz et du rock and roll.

*Ironie du sort, Johnny Otis est décédé le 17 janvier dernier, trois jours avant Etta James. 
** Sortie prévue en France le 13 février 2012.
*** Célèbre night club de Harlem. Exclusivement réservé aux blancs, ce lieu cultivait pour ses clients une ambiance « exotique » et « sauvage » en n’embauchant que des employés noirs.

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