Élections présidentielles, enjeux et portée du 1er tour

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Politique Élections présidentielles, enjeux et portée du 1er tour

Rarement une élection présidentielle n’aura suscité autant de polémiques que celle que nous connaissons aujourd’hui.

Moment incontournable de la vie politique française, l’élection présidentielle du 22 avril revêt un caractère exceptionnel avec une crise mondiale frappant durement l’Europe. À quelques heures de la proclamation du premier tour, les dix candidats à l’élection suprême dénoncent déjà les risques d’irrégularité pesant sur l’annonce des résultats.

L’élection présidentielle, une spécificité française

En proclamant la Vème République le 04 octobre 1958, la France choisissait d’adopter un régime politique original et unique au monde. À mi-chemin entre le régime présidentiel et le régime parlementaire, la France n’a cessé depuis de rester fidèle à l’esprit de cette loi constitutionnelle. Même si le parlement, constitué de l’Assemblée nationale et du Sénat, constitue l’un des socles de la République française, le président de la République, élu au suffrage universel à deux tours, incarne néanmoins la responsabilité et l’identité de la Nation.

La personnalisation de la présidence de la République permet donc à la population de se prononcer, tous les cinq ans (avant 2002, le mandat était de sept ans), sur le choix du futur président. Elu à la majorité des suffrages exprimés, le président de la République cristallise alors tous les pouvoirs, puisque seul le chef de gouvernement, le premier ministre, nommé par le président, est responsable politiquement devant le parlement.

C’est pourquoi, le régime français rend possible des périodes de cohabitation, durant lesquelles, Parlement et gouvernement sont opposés au Président de la République, qui conserve néanmoins toute sa place, notamment en ce qui concerne les droits réservés, principalement la diplomatie et la Défense .

Une majorité des suffrages pour un Président au dessus des partis

Cela fait du Chef de l’État le symbole de l’unité de la République française. Les élections présidentielles sont organisées au suffrage universel direct depuis la révision constitutionnelle de 1962, imposant, jusque-là, l’organisation obligatoire d’un 2e tour.

Tous les Français, âgés de 18 ans au moins, jouissant de leurs droits civiques et inscrits sur les listes électorales peuvent voter à l’élection présidentielle. En pratique, cela permet aux Français expatriés de pouvoir se prononcer sur le choix de leur candidat. Le Code électoral a également prévu le cas d’empêchements, que tout un chacun peut rencontrer le jour de l’élection. Aussi, il est possible d’établir une procuration, afin de laisser un électeur, inscrit sur les listes électorales de la même commune (mais pas forcément du même bureau de vote), voter en votre nom.

Le droit de vote, en France et contrairement à d’autres pays, n’est pas obligatoire, et l’abstention n’est sanctionnée d’aucune manière, même si de nombreux partis politiques dénoncent les effets pervers d’une abstention importante.

L’heure du choix

Le 1er tour de l’élection présidentielle de cette année voit donc s’opposer 10 candidats, puisque certains prétendants à l’investiture suprême n’ont pu concrétiser leur engagement faute de réunir les 500 signatures de maires et autres élus locaux, indispensables pour pouvoir se présenter à ce scrutin.

Le Président actuel, Nicolas Sarkozy, est candidat à sa propre succession, et entend continuer à incarner le visage de cette France, qui a su traverser les crises successives, qui se succèdent depuis 2008. Face à lui, neuf autres candidats n’ont eu de cesse de souligner les erreurs commises durant cette présidence, amenant le Président actuel à estimer, qu’il était seul contre neuf durant cette campagne officielle de premier tour, qui prend fin ce vendredi 20 avril à minuit.

Face à Nicolas Sarkozy, François Hollande a été désigné, à la suite des premières primaires organisées en France, comme le candidat du Parti socialiste, clamant haut et fort incarner le changement. Candidate pour Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud partage la représentation de l’extrême gauche avec Philippe Poutou, candidat officiel DU Nouveau Parti Anticapitaliste. Ces deux candidats d’extrême gauche dénoncent les dérives du capitalisme avec plus de véhémences que Jean Luc Mélenchon, investi par le front de Gauche.

C’est aussi à la suite de primaire, que le parti Europe Ecologie les Verts a désigné l’ancienne magistrate, Eva Joly, comme candidate officielle de l’écologie politique, même si cette dernière n’a pas su imposer les thèmes chers à ce parti au cœur de la campagne.

Le président du Modem, François Bayrou, espère, comme en 2007, représenter la 3e voie possible face aux deux grands partis installés, que sont le Parti socialiste et l’U.M.P., alors que Nicolas Dupont-Aignan, candidat de Debout la République, espère également incarner cette nouvelle voie possible et envisageable. Jacques Cheminade, quant à lui, espère principalement faire bouger les lignes, ne cessant de rappeler qu’il fut un des seuls à dénoncer les crises économiques actuelles dès le milieu des années 1990. Enfin, à l’extrême droite, Marine Le Pen entend bien réitérer la victoire de son père Jean Marie en 2002, qui avait réussi à s’imposer au 1er tour, pour s’effacer devant la réélection de Jacques Chirac.

Un dénouement incertain

Cette campagne électorale est encadrée et régie par de nombreux textes de loi censés protéger la liberté et l’égalité de chacun des candidats. Ainsi, tout au long de la campagne officielle, le temps de parole de candidats dans les médias, télé et radio, était chronométré, devant permettre à chacun de disposer du même temps de parole. La fin de la campagne officielle aura donc lieu le vendredi 20 avril à minuit, et le samedi 21 avril, mais aussi dans une moindre mesure, le dimanche 22 avril au moins jusqu’à la proclamation des résultats, devra donc être « chômé » par ces candidats à qui il et interdit de faire une intervention publique.

D’autre part, les sondages seront également interdits durant cette période, et on devrait, en théorie, attendre 20h00 dimanche soir pour connaître les premiers résultats. Pourtant, certains annoncent déjà une violation de cette règle avec la publication des estimations par différents instituts de sondage. En effet, si les grandes villes voient les bureaux de vote fermer à 20h00, un certain nombre de bureaux ferme dès 18h00, déclenchant le dépouillement immédiat. À partir de ce dépouillement, les instituts de sondage sont alors en mesure de proposer des estimations bien plus affinées que de simples sondages, dès 18h30 voire 18h45.

Traditionnellement, ces estimations n’étaient révélées qu’à 20h00, alors qu’aujourd’hui, certains prédisent une vaste diffusion de ces diffusions par le biais d’Internet, voire de journaux étrangers. Si certains candidats déplorent cette violation des règles, y voyant une possible influence du vote, d’autres, au contraire, reconnaissent que ces règlements sont anachroniques, à l’heure où les communications peuvent être immédiates et adressées au plus grand nombre.

La polémique fait rage autour de ces règles, et le vainqueur du 2e tour (organisé le 06 mai prochain) serait bien avisé de faire adopter les modifications, qui s’imposent, avant 2017.

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