Chine : des bactéries annihilant l'effet d'antibiotiques donnés "en dernier recours"

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Santé Des cochons dans un élevage français en juillet 2010
Des cochons dans un élevage français en juillet 2010

En Chine, des chercheurs ont découvert que certaines bactéries étaient porteuses d'un gène rendant inefficaces des antibiotiques donnés "en dernier recours".

En temps normal, les études médicales dont les résultats sont rapportés dans les médias tendent à rassurer l'opinion publique plutôt que de l'inquiéter. Ce qui est récemment ressorti de recherches conduites en Chine n'a pourtant pas matière à faire s'enthousiasmer tout un chacun.

L'équipe du professeur Jian-Hua Liu, officiant à l'Université agricole de Canton, a ainsi découvert, à l'occasion d'un contrôle de routine effectué sur des porcs, une souche d'E. coli (également connue sous le nom de colibacille) résistante à la colistine "chez un cinquième des [804] animaux testés [entre avril 2011 et novembre 2014]".

Des bactéries résistantes à la colistine identifiées en Chine

Comme nous en informent nos confrères de Francetv info, la colistine est, au même titre que la polymyxine, un puissant antibiotique. On s'en sert en réanimation et également dans des cas d'infections graves sur lesquelles d'autres traitements ont un effet quasi-nul voire inexistant. En Chine, où sa production est parmi les plus conséquentes du monde, la colistine est principalement utilisée en médecine vétérinaire. Et il se trouve que la souche identifiée est capable de partager, et ce de manière aisée, son matériel génétique avec d'autres bactéries, incluant la Klebsiella pneumoniae à l'origine d'infections pulmonaires

Des E. coli porteuses du gène retrouvées dans de la viande crue

Possiblement plus grave encore,  la découverte d'E. coli porteuses de ce gène résistant "sur 78 des 523 échantillons de viande crue collectés dans le pays entre 2011 et 2014". À noter que les responsables de l'étude n'excluent pas que cette résistance à la colistine puisse s'étendre à l'international. Laura Piddock, professeur de microbiologie à l'Université de Birmingham (Royaume-Uni), ne cache pas son appréhension quant à cette situation : "C'est une étude très inquiétante dans la mesure ou les polymyxines sont des antibiotiques qui sont souvent donnés en dernier ressort pour traiter des infections graves." Et le professeur Nigel Brown de la société britannique de microbiologie d'apparaître lui aussi pessimiste sur le sujet : "maintenant qu'il a été démontré que [cette] résistance peut se transférer d'une bactérie à une autre, une autre ligne de défense contre l'infection est en passe de tomber". David Paterson et Patricia Harris, deux chercheurs australiens, suggèrent toutefois, dans un commentaire joint à l'étude, la réduction voire la fin de l'utilisation de la colistine dans l'agriculture pour enrayer la problématique.

Crédits photos : © AFP/Archives Denis Charlet

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