Espagne : des indépendantistes catalans devant la justice

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International Le président de la Catalogne Artur Mas (d) et le leader de la liste "Ensemble pour le oui", Raul Romeva (g), fêtent le 27 septembre 2015 à Barcelone leur victoire aux élections régionales
Le président de la Catalogne Artur Mas (d) et le leader de la liste "Ensemble pour le oui", Raul Romeva (g), fêtent le 27 septembre 2015 à Barcelone leur victoire aux élections régionales

Décidé à lutter de toutes ses forces contre l'indépendance de la Catalogne, Madrid a envoyé les principaux chefs de file indépendantistes catalans au tribunal pour "désobéissance civile". Leur victoire aux régionales a du mal à passer auprès du pouvoir central.

Après la large victoire des indépendantistes catalans aux élections régionales, la tension est vive entre Madrid et la Catalogne. Bien décidé à ne pas laisser la riche Catalogne prendre son indépendance, Madrid use de tous les outils à sa disposition pour retarder ou mieux encore empêcher le processus d'indépendance. Hier mardi, la responsable du département d'Education du gouvernement catalan, Irene Rigau a été entendue par la justice de Barcelone. Elle est poursuivie pour désobéissance civile et détournement de fonds publics pour avoir organisé en 2014 une consultation sur l'indépendance de la Catalogne. Dans la soirée c'est Joana Ortega, l'ex vice-présidente du gouvernement catalan qui a elle aussi été entendue.

La majorité du gouvernement catalan les a suivis

En signe de protestation, l'essentiel du gouvernement catalan fraîchement élu a accompagné Irene Rigau jusqu'aux portes du tribunal de Barcelone. L'audition, qui a duré environ une heure, a vu notamment la notification de Mme Rigau pour des poursuites pour désobéissance civile et détournement de fonds.

En soirée, Joana Ortega, l'ex vice-présidente du gouvernement catalan s'est elle aussi vu notifier les même poursuites. Artur Mas, le président sortant est quant à lui convoqué ce jeudi.

Une consultation symbolique que n'aime guère le pouvoir central

La cause du grief est l'organisation au mois de novembre 2014 d'une consultation symbolique et sans valeur légale sur l'indépendance de la Catalogne. Madrid avait opposé un refus catégorique à l'organisation d'un référendum. Aussi, les leaders indépendantistes avaient réalisé une consultation symbolique. Selon Madrid, la constitution espagnole interdit d'organiser des consultations régionales sur des sujets concernant l'ensemble de la Nation.

A sa sortie du tribunal, Joana Ortega a déclaré : "je n'ai pas conscience d'avoir désobéi" avant d'ajouter qu'"il n'est pas bon de criminaliser un acte politique, pacifique et démocratique". Après la large victoire des indépendantistes catalans aux régionales, nul doute que Madrid utilisera tous les moyens juridiques pour empêcher la Catalogne d'obtenir un statut d'indépendance qui pénaliserait fortement l'Espagne. La Catalogne est effectivement la région la plus riche et influente d'Espagne mais une grande partie de ses impôts sont largement distribués dans le reste du pays, créant un sentiment d'injustice dans la région.

La Catalogne : quelques données

Il n'est pas inintéressant de se pencher sur cette région espagnole. La Catalogne compte 7,5 millions d'habitants, soit un peu plus de 16% de la population totale espagnole. Parmi eux, 3 habitants sur 4 parlent catalan, en plus du castillan. Mais le taux qui représente nombre d'enjeux est celui qui correspond à la part du PIB espagnol détenue par la région, soit 19% en 2014. Une région plus riche que Madrid, qui la suit de peu avec 18,7%. Mais d'un autre côté, elle est aussi la 3ème la plus endettée du pays.

Côté chômage, elle affiche un taux de 19%, soit 3 points de moins que la moyenne nationale. Enfin, elle est la région la plus fréquentée par les touristes, Barcelone et la Costa Brava faisant figure de phares pour ces derniers. Près de 17 millions de touristes l'ont parcourue l'année dernière.

Crédits photos : © AFP Jorge Guerrero

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