Brésil : le problème de la déforestation de l’Amazonie

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Monde Brésil : le problème de la déforestation de l\'Amazonie

La présidente brésilienne Dilma Roussef a posé un veto partiel sur 12 lois du nouveau Code forestier approuvé par le Congrès il y a un mois. 32 modifications devront être également apportées. Très fortement critiqué, l'amnistie des propriétaires ayant déboisés illégalement, est retirée du nouveau "Código Florestal". Sans pour autant satisfaire les écologistes qui demandaient le retrait du texte, et encore moins le secteur agroalimentaire, à l'origine du projet.

La forêt amazonienne étend 63% de sa superficie sur le sol brésilien. L’enjeu environnemental est réputé énorme pour cette longue plaine boisée qui s’étire des dernières hauteurs de la côte pacifique jusqu’à l’océan Atlantique, enveloppant dans son énorme feuillage, le nord du continent sud-américain.

Le Brésil a pendant longtemps ignoré cette énorme masse verte, reculée des centres de décision du pays. L’Amazonie était une sorte de temple pour aventuriers, peuplée par les dernières tribus originelles du pays; « Tristes tropiques » pour déçus de la civilisation, hantés par les mémoires folles des premiers conquistadores et missionnaires.

Depuis le regard a radicalement changé. Les pouvoirs politiques brésiliens ont aperçu l’éclat puissant renvoyé par l’or vert; mais surtout ce qu’ils pourront en obtenir. Le développement récent et très rapide du Brésil a tourné l’actuelle sixième puissance économique vers son plafond naturel. La forêt amazonienne a commencé à voir ses immenses arbres devenir la cendre sur laquelle le soja allait se dresser triomphalement; le secteur agroalimentaire étant le plus gros moteur de la si forte croissance brésilienne. « Géant vert » tel est désormais le surnom du Brésil qui résume la position de force atteinte par le Brésil, dont la culture agricole couvre 4 fois la France.

18% de forêt en moins

Les conséquences ne sont pas faites attendre: outre les menaces de disparition qu’une telle « transformation » engendre inexorablement sur les populations amérindiennes, à l’image de la tribu des Kayapos du célèbre chef Raoni, l’impact écologique est alarmant. Depuis les années 1970, il est estimé que l’Amazonie dans sa totalité (c’est-à-dire sur le Brésil et l’ensemble des autres pays où la forêt est présente) a diminué de 18%.

C’est au début des années 2000, que le pouvoir politique brésilien a décidé de faire de la préservation de l’Amazonie une priorité. Depuis 2004, la déforestation est passée de 27 000 km2 à 6000 km2 en 2011.

Dans un mois se tiendra à Rio de Janeiro, la Conférence des Nations Unies sur le développement durable. Nommé Rio +20, en référence au sommet de la Terre de juin 1992, considéré sur le moment comme une réussite, sans que par la suite, de véritables succès soient venus étayer l’enthousiasme d’alors.

La présidente brésilienne, hôtesse d’accueil de cette réunion internationale sur l’environnement, après le cuisant échec du sommet de Copenhague en 2009, se devait donc d’éteindre la polémique autour de la réforme du Code forestier de 1965, ce feu qui n’était pas de paille, bien au contraire.

Absence de consensus

Vendredi 25 mai, la présidente Dilma Roussef a usé de son droit de veto.

Cherchant à éviter les critiques des écologistes, autant que celle du puissant lobby agroalimentaire (à l’origine de la réforme et principal bénéficiaire), celle qui a remplacé Lula, a tout de suite fait savoir par l’intermédiaire de son ministre de l’Agriculture que ce nouveau Code forestier est « un Code de bon sens ». Sans pour autant convaincre. Le responsable de l’Institut socio-environnemental, Raul Do Vale a déclaré:  » Nous avons accueilli avec préoccupation l’annonce du veto partiel parce qu’il nous semble que la plus grande partie des points les plus dangereux pour l’environnement ont été maintenus « .

En effet, si le veto levant l’amnistie des propriétaires ayant déboisés illégalement, a bien été accepté dans l’ensemble, d’autres mesures conservées sont loin de rassembler. Parmi elles, la plus grande flexibilité accordée aux petits propriétaires agricoles (c’est-à-dire le quart des terres utilisées par l’agriculture) qui souhaiteront déboiser. Les grands propriétaires de fazendas sont eux, soumis à l’obligation de maintenir jusqu’à 80% de la forêt présente sur leur terre.

 » Tout le monde va devoir contribuer à la recomposition (de la forêt amazonienne), mais cette recomposition doit s’effectuer proportionnellement, en prenant compte de la taille des propriétés de chaque producteur «  a justifié Izabelle Teixeira, ministre de l’Ecologie.

« La société brésilienne et du monde entier voient un pays qui continue à jouer avec l’avenir de ses forêts », a répondu la responsable du World Wildlife Fund (WWF) pour le Brésil, Maria Cecila Wey de Brito.

Greenpace a de son côté multiplié les actions coups de poing, en perturbant par exemple le port de Itaqui dans l’état du Maranhão. La veille de la prise de décision de la présidente, une pétition signée par 1,9 million de signatures demandant le véto, avait été remise au siège de la présidence à Brasilia.

Vers quel avenir?

L’Amazonie cristallise ainsi tous les enjeux et dilemmes modernes que doit affronter le Brésil. Entre une nécessité économique de développement et la préservation de l’Amazonie, l’aiguille doit être immobile, bien au centre. C’est du moins ce qu’a voulu faire comprendre Izabelle Teixeira:  » (le Brésil) est un pays qui veut protéger l’environnement tout en continuant à produire des aliments ».

Le nouveau texte modifié par la présidente Dilma Roussef devra retourner au Congrès afin d’être approuvé.

Sans le veto présidentiel, le nouveau Code forestier risquait d’augmenter de près de 50% la déforestation d’ici à 2020.

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